Tribune libre

Journaliste

Ca sert à répéter ce que les élus disent, à inviter des gens à des fêtes, à rendre compte des matchs et aussi à permettre aux budgets "apéros et cotillons" d'être dépensés en totalité. C'est uniquement pour cela que j'ai souhaité avoir mon numéro de carte de presse et pendant de longues années, je n'ai pas été déçu.

Et puis le destin en a décidé autrement ; les circonstances politico-juridico-magouillos ont obligé certains journalistes à réfléchir (penser longuement en examinant, en pesant) et même à décider d'en savoir plus, de comprendre, de mettre en perspective, bref des choses qui, de nos jours, ne se font plus ou peu.

Et finalement tout cela fut une erreur. Tout ces trucs, ça prend du temps, ça empêche de dormir, ça plaît pas aux politiques, on n'a plus le temps de parler des fêtes et des matchs et surtout, tu n'es plus jamais invité nulle part pour boire un coup avec les copains.

Alors quoi !!!! Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Et bien, surprise, je vais vous le dire, vous le révéler en exclusivité. C'est normal, je ne suis même pas écolo et on me propose une tribune libre dans ce journal : normal donc que je vous donne un scoop et que le tirage du journal bénéficie d'une promotion gratuite.

Alors ce qu'il faut faire :

petit a : mettre en prison un responsable politique de droite
petit b : voter à gauche aux prochaines municipales

C'est tout.

A partir de là : tout peut recommencer comme avant pour ce merveilleux métier de journaliste.

Plus la peine de réfléchir : c'est à nouveau l'harmonie entre les politiques, les sportifs et les organisateurs de cocktails.

Oubliés les autres hommes politiques, chefs d'entreprise ou techniciens qui sont allés en prison, inexistants tous les rapports de chambre régionale des comptes, les audits et autres travaux d'inspection générale, terminées les enquêtes pour connaître l'origine des mises en examen ou le pourquoi des interdictions de gestion d'un élu dans sa commune. On ne parle plus de rien, cela n'existe plus. Il n'y a pas, il n'y a même jamais rien eu d'illégal dans notre région.

Il faudrait être un journaliste qui n'a jamais soif ou pas sportif du tout pour avoir envie de poser encore des questions sur tout ce qui s'est passé et pardon : sur tout ce qui ne s'est pas passé et sur tout ce qui ne se passe pas en ce moment.

Moi, c'est peinard, il n'ont plus voulu de moi dans mon boulot ; ça tombait bien, moi non plus.

Ils avaient peur que je raconte ma vie dans les apéros, alors ils m'ont donné des sous pour que je puisse me payer à boire.

Pourtant, c'est con, mais quand j'ai bu, je recommence à réfléchir et ça m'empêche quand même de dormir.

Michel Garcin


Michel Garcin a été rédacteur en chef de Radio France Isère de 1990 à Avril 1997 (période trouble des "affaires" à Grenoble et dans l'Isère, où les journalistes qui "mouillaient la chemise" se comptaient sur les doigts d'une main, il était du nombre). Après une formation d'ingénieur multi-média à l'INPG 1, il sollicite un congé sans solde. Pour toute réponse la radio de service public le licencie. Michel Garcin est au chômage (pardon : demandeur d'emploi) depuis le 22 Avril 1997.


1 INPG : Institut national polytechnique de Grenoble