{"id":22925,"date":"2024-03-08T12:12:18","date_gmt":"2024-03-08T11:12:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/?p=22925"},"modified":"2024-03-08T12:22:35","modified_gmt":"2024-03-08T11:22:35","slug":"le-vert-et-le-rouge-lemergence-du-mouvement-ecologiste-grenoblois-fin-des-annees-1960-juillet-1976","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/2024\/03\/08\/le-vert-et-le-rouge-lemergence-du-mouvement-ecologiste-grenoblois-fin-des-annees-1960-juillet-1976\/","title":{"rendered":"Le vert et le rouge\u00a0: l&rsquo;\u00e9mergence du mouvement \u00e9cologiste grenoblois, fin des ann\u00e9es 1960 -juillet 1976"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image is-style-default\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"380\" height=\"132\" src=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/HAL.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22926\" srcset=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/HAL.jpg 380w, https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/HAL-300x104.jpg 300w, https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/HAL-150x52.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 380px) 100vw, 380px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C\u2019est le titre d\u2019un article de recherche de Josselin SIBILLE en 2012. Nous \u00e9ditons, avec l\u2019accord de l\u2019auteur, la totalit\u00e9 de cet article sous une forme de s\u00e9rie, durant 12 semaines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>1.&nbsp;Introduction<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si les sociologues et les politistes<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> ont multipli\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 les travaux sur l&rsquo;\u00e9cologie politique et les \u00e9cologistes, force est de constater que les historiens fran\u00e7ais accusent un s\u00e9rieux retard dans le domaine. Il est significatif que le seul ouvrage de synth\u00e8se sur le mouvement \u00e9cologiste fran\u00e7ais, ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par un Am\u00e9ricain<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. En France, si l&rsquo;on excepte les travaux que Jean Jacob<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> a consacr\u00e9s en tant que politiste \u00e0 l&rsquo;histoire intellectuelle de l&rsquo;\u00e9cologie politique, la th\u00e8se d\u00e9but\u00e9e en 2009 par Alexis Vrignon sur l&rsquo;\u00e9mergence du mouvement \u00e9cologiste fran\u00e7ais est v\u00e9ritablement pionni\u00e8re sur la question.<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Une dynamique semble s&rsquo;\u00eatre enclench\u00e9e depuis, au croisement de l&rsquo;histoire environnementale et de l&rsquo;histoire politique. En janvier 2012 paraissait un num\u00e9ro sp\u00e9cial de <em>XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, revue d&rsquo;histoire, <\/em>consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0L&rsquo;invention politique de l&rsquo;environnement\u00a0<em>\u00bb<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup><strong><sup>[5]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a>, <\/em>sous la direction de St\u00e9phane Frioux et de Vincent Lemire. Trois mois plus tard, Jean-Fran\u00e7ois Mouhault et Charles-Fran\u00e7ois Mathis coordonnaient un num\u00e9ro d&rsquo;<em>\u00c9cologie <\/em>&amp; <em>Politique <\/em>intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Penser l&rsquo;\u00e9cologie politique au <em>XX<sup>e<\/sup><\/em> si\u00e8cle\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Parmi tous ces travaux, tr\u00e8s peu encore se sont int\u00e9ress\u00e9s aux dynamiques locales ou r\u00e9gionales.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>L&rsquo;objet de cet article est justement de d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9mergence de ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 le \u00ab&nbsp;mouvement \u00e9cologiste&nbsp;\u00bb \u00e0 Grenoble, entre 1970 et 1977<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tournant des ann\u00e9es 1960 et 1970, de nombreux groupes et associations, \u00e9voluant de mani\u00e8re assez ind\u00e9pendante les uns des autres se mobilisent \u00e0 Grenoble autour de questions environnementales. Parmi eux, on peut distinguer plusieurs tendances&nbsp;: les associations de quartier, les associations de protection de la nature et de l&rsquo;environnement, les courants autogestionnaires (CFDT, PSU) et, chose qui semble constituer une sp\u00e9cificit\u00e9 grenobloise, la tendance mao\u00efste de l&rsquo;extr\u00eame-gauche locale. Chacun de ces groupes se distingue des autres par une lecture du monde social, un rapport \u00e0 l&rsquo;environnement et un r\u00e9pertoire d&rsquo;action<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> qui lui sont propres. \u00c0 partir de 1974, de nombreux militants pour la plupart issus de ces diff\u00e9rentes tendances, se retrouvent impliqu\u00e9s au sein de luttes communes&nbsp;: contre-information, lutte pour la d\u00e9fense de sites locaux menac\u00e9s, luttes contre le nucl\u00e9aire&#8230; Ces mobilisations se distinguent des pr\u00e9c\u00e9dentes par deux aspects. Tout d&rsquo;abord, et c&rsquo;est en cela que je les qualifierai \u00ab&nbsp;d&rsquo;\u00e9cologistes&nbsp;\u00bb, elles se caract\u00e9risent par la prise en compte simultan\u00e9e de trois imp\u00e9ratifs&nbsp;: environnemental, social et d\u00e9mocratique. Environnemental parce que toutes ces luttes ont le souci de prot\u00e9ger la nature, non seulement pour elle-m\u00eame, mais aussi et surtout parce que cette protection est une condition n\u00e9cessaire au bien-\u00eatre et \u00e0 la survie de l&rsquo;humanit\u00e9. Social, ensuite, parce que les in\u00e9galit\u00e9s environnementales (exposition aux pollutions, acc\u00e8s aux espaces naturels) et la \u00ab&nbsp;loi du profit&nbsp;\u00bb responsable de la pollution par les industriels y sont constamment d\u00e9nonc\u00e9es. D\u00e9mocratique enfin, parce que ces luttes portent de mani\u00e8re tr\u00e8s forte un refus de la centralisation \u00e9tatique, et revendiquent la participation des populations aux prises de d\u00e9cisions, et l&rsquo;acc\u00e8s de tous aux informations. Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment qui marque une diff\u00e9rence avec les luttes pr\u00e9c\u00e9dentes, c&rsquo;est le caract\u00e8re massif des mobilisations, lesquelles rassemblent r\u00e9guli\u00e8rement plusieurs milliers de personnes. C&rsquo;est l&rsquo;ensemble de ces mobilisations d&rsquo;un type nouveau que j&rsquo;appellerai \u00ab&nbsp;le mouvement \u00e9cologiste&nbsp;\u00bb grenoblois. La notion de \u00ab&nbsp;mouvement&nbsp;\u00bb permet de prendre en compte deux r\u00e9alit\u00e9s essentielles de l&rsquo;\u00e9cologie politique des ann\u00e9es 1970 \u00e0 Grenoble&nbsp;: son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, et son absence d&rsquo;institutionnalisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui sont les groupes et les individus qui se mobilisent \u00e0 Grenoble au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 autour des questions environnementales&nbsp;? Comment s&rsquo;op\u00e8re concr\u00e8tement la convergence de ces militants au sein des premi\u00e8res luttes \u00e9cologistes&nbsp;? Qu&rsquo;est-ce qui rend possible alors cette fragile synth\u00e8se de courants compl\u00e8tement diff\u00e9rents, que constitue le mouvement \u00e9cologiste grenoblois&nbsp;? Je m&rsquo;inscris ici dans une perspective politique, m&rsquo;int\u00e9ressant aux organisations (politiques, syndicales, associatives&#8230;) auxquelles se rattachent les militants, et aux id\u00e9es et strat\u00e9gies politiques qui orientent leurs actions. Je n&rsquo;ai pas cherch\u00e9 par exemple \u00e0 dresser le profil sociologique des militants<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, ou \u00e0 m&rsquo;int\u00e9resser aux dynamiques plus culturelles li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie politique (contre-culture, vie en communaut\u00e9&#8230;).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir les nombreux travaux entrepris autour du GEME, Groupe d&rsquo;\u00e9tude des mouvements \u00e9cologistes, et plus particuli\u00e8rement ceux de Daniel Boy, Bruno Villalba et Agn\u00e8s Roche.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Michael Bess&nbsp;: The light-green society&nbsp;: Ecology and Technological modernity in France, 1960-<\/em>2000, University of Chicago Press, 2003.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jean Jacob, <em>Histoire de l&rsquo;\u00e9cologie politique, <\/em>Paris, Albin Michel, 1999&nbsp;; Jean Jacob, <em>Les sources de l&rsquo;\u00e9cologie politique, <\/em>Paris, Corlet, 1995<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Alexis Vrignon, <em>L&rsquo;\u00e9mergence des mouvements \u00e9cologistes en France de la fin des ann\u00e9es 60 au milieu des ann\u00e9es 80, <\/em>th\u00e8se d&rsquo;histoire, sous la direction de Bertrand Joly, Nantes, Universit\u00e9 de Nantes, CRHIA.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> St\u00e9phane Frioux, Vincent Lemire (dir.), \u00ab&nbsp;Pour une histoire politique de l&rsquo;environnement&nbsp;\u00bb, <em>XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, revue d&rsquo;histoire, <\/em>n\u00b0113, janvier 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Jean-Fran\u00e7ois Mouhot, Charles-Fran\u00e7ois Mathis (dir.) \u00ab&nbsp;Penser l&rsquo;\u00c9cologie Politique en France au <em>XX<sup>e<\/sup><\/em> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, <em>\u00c9cologie &amp; Politique, <\/em>n\u00b044, mars 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Cet article est tir\u00e9 des recherches effectu\u00e9es sous la direction d&rsquo;Anne-Marie Granet-Abisset, dans le cadre de mon master 1 <em>(Grenoble, les municipalit\u00e9s Dubedout face \u00e0 l&rsquo;environnement, 1965-1983) <\/em>et de mon master 2 <em>(Les \u00e9cologistes au sein de la technopole grenobloise&nbsp;: la question de l&rsquo;\u00e9nergie (1970 \u00e0 nos jours)). <\/em>Il s&rsquo;appuie essentiellement sur quatre types de sources&nbsp;: des archives publiques (archives de la municipalit\u00e9 de Grenoble&nbsp;: AM Grenoble) et archives du cabinet du pr\u00e9fet aux archives d\u00e9partementales de l&rsquo;Is\u00e8re (AD38)), presse g\u00e9n\u00e9raliste et militante, archives priv\u00e9es de militants et d&rsquo;organisations politiques (AD38, Fonds Boisgontier et fond CFDT&nbsp;; archives de la FRAPNA&nbsp;; archives pr\u00eat\u00e9es par d&rsquo;anciens militants) et enfin sources orales (entretiens avec Raymond Avrillier et Jean Jonot).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Charles Tilly, <em>Les origines du r\u00e9pertoire d\u2019action collective en France et en Grande-Bretagne, <\/em>Paris, Fayard, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> De nombreux travaux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans ce sens&nbsp;: Agn\u00e8s Roche. <em>Des verts de toutes les couleurs&nbsp;: histoire et sociologie du mouvement \u00e9colo<\/em>, Paris, Albin Michel, 1992&nbsp;; Sylvie Ollitrault, <em>Militer pour la plan\u00e8te. Sociologie des \u00e9cologistes<\/em>, Rennes, PUR, 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est le titre d\u2019un article de recherche de Josselin SIBILLE en 2012. Nous \u00e9ditons, avec l\u2019accord de l\u2019auteur, la totalit\u00e9 de cet article sous une forme de s\u00e9rie, durant 12 semaines. 1.&nbsp;Introduction Si les sociologues et les politistes[1] ont multipli\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 les travaux sur l&rsquo;\u00e9cologie politique et les \u00e9cologistes, force est de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"twitterCardType":"","cardImageID":0,"cardImage":"","cardTitle":"","cardDesc":"","cardImageAlt":"","cardPlayer":"","cardPlayerWidth":0,"cardPlayerHeight":0,"cardPlayerStream":"","cardPlayerCodec":"","footnotes":""},"categories":[62,11],"tags":[153,215,195],"class_list":["post-22925","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-rouge-le-vert-hebdo","category-politique-locale","tag-ecologie","tag-grenoble","tag-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22925","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22925"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22925\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22927,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22925\/revisions\/22927"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22925"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22925"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22925"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}