{"id":25812,"date":"2026-02-20T09:31:46","date_gmt":"2026-02-20T08:31:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/?p=25812"},"modified":"2026-02-20T09:31:46","modified_gmt":"2026-02-20T08:31:46","slug":"les-futurs-reacteurs-nucleaires-pourraient-couter-trois-fois-plus-cher-que-prevu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/2026\/02\/20\/les-futurs-reacteurs-nucleaires-pourraient-couter-trois-fois-plus-cher-que-prevu\/","title":{"rendered":"Les futurs r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires pourraient co\u00fbter trois fois plus cher que pr\u00e9vu"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"380\" height=\"200\" src=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/EPR-Flamanville.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23183\" srcset=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/EPR-Flamanville.jpg 380w, https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/EPR-Flamanville-300x158.jpg 300w, https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/EPR-Flamanville-150x79.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 380px) 100vw, 380px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>L\u2019histoire du nucl\u00e9aire civil fran\u00e7ais nous apprend une chose\u00a0: les co\u00fbts de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 nucl\u00e9aire sont toujours bien sup\u00e9rieurs aux estimations faites au moment o\u00f9 la d\u00e9cision est prise. Le dernier exemple est \u00e9videmment Flamanville avec le lancement du nouveau r\u00e9acteur EPR. Cette sous-estimation des co\u00fbts est une maladie assez fran\u00e7aise. <a href=\"https:\/\/www.adsumconseil.com\/publication\/le-pouvoir-magique-du-chiffre-pi-pour-les-gestionnaires-de-projets\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.adsumconseil.com\/publication\/le-pouvoir-magique-du-chiffre-pi-pour-les-gestionnaires-de-projets\">Les observateurs disent souvent que le nombre Pi (3,14) repr\u00e9sente le rapport entre le co\u00fbt de la r\u00e9alisation de l\u2019op\u00e9ration par rapport au co\u00fbt annonc\u00e9 au moment de la d\u00e9cision, en France\u00a0<\/a>! Ceci s\u2019est magnifiquement v\u00e9rifi\u00e9 par exemple pour <a href=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/2015\/07\/17\/retour-sur-le-cout-du-stade-des-alpes\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.ades-grenoble.org\/wordpress\/2015\/07\/17\/retour-sur-le-cout-du-stade-des-alpes\/\">le Grand Stade des Alpes, estim\u00e9 \u00e0 environ 29 M\u20ac au d\u00e9part et terminant pas loin de 100 M\u20ac<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 que le Premier ministre d\u00e9cide de la nouvelle PPE (programmation pluriannuelle de l\u2019\u00e9nergie) par <a href=\"https:\/\/www.economie.gouv.fr\/files\/files\/2026\/ppe3.pdf?v=1770958215\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.economie.gouv.fr\/files\/files\/2026\/ppe3.pdf?v=1770958215\">d\u00e9cret le 13 f\u00e9vrier,<\/a> avec une grosse priorit\u00e9 sur le nucl\u00e9aire par rapport aux \u00e9nergies renouvelables.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0Le probl\u00e8me c\u2019est l\u2019estimation du co\u00fbt r\u00e9el du d\u00e9veloppement de ce nouveau programme nucl\u00e9aire qui semble largement sous-chiffr\u00e9e. <a href=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/nucleaire-enquete-sur-le-vrai-cout-des-futurs-epr\/00117632\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.alternatives-economiques.fr\/nucleaire-enquete-sur-le-vrai-cout-des-futurs-epr\/00117632\">Une enqu\u00eate approfondie men\u00e9e par le journal \u00ab\u00a0<em>Alternatives \u00e9conomiques<\/em>\u00a0\u00bb<\/a> arrive \u00e0 cette conclusion.\u00a0Si cela s\u2019av\u00e8re juste, cela condamne totalement la nouvelle PPE.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.ccomptes.fr\/fr\/publications\/le-modele-economique-delectricite-de-france-edf\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.ccomptes.fr\/fr\/publications\/le-modele-economique-delectricite-de-france-edf\">\u00a0La Cour des comptes tirait d\u00e9j\u00e0 le signal d\u2019alarme en septembre 2025<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Voici un important extrait de l\u2019\u00e9tude d\u2019Alternatives \u00e9conomiques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Alors que la nouvelle programmation pluriannuelle de l\u2019\u00e9nergie arbitre en faveur du nucl\u00e9aire, notre enqu\u00eate r\u00e9v\u00e8le que la note finale du programme des r\u00e9acteurs EPR2 pourrait atteindre pr\u00e8s de 250&nbsp;milliards d\u2019euros. \u00ab&nbsp;EDF pr\u00e9sente son devis pr\u00e9visionnel du programme EPR2 \u00e0 hauteur de 72,8&nbsp;milliards d\u2019euros&nbsp;\u00bb, titrait le 18&nbsp;d\u00e9cembre dernier <\/em>un communiqu\u00e9 du groupe<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le devis d\u00e9finitif pour la construction d\u2019une premi\u00e8re s\u00e9rie de six&nbsp;r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires made in France sur les sites de Penly&nbsp;(Seine-Maritime), Gravelines&nbsp;(Nord) et du Bugey&nbsp;(Ain) de type EPR2 (environ 1&nbsp;650&nbsp;m\u00e9gawatts de puissance) est attendu au printemps. EDF et son actionnaire, l\u2019Etat, esp\u00e8rent une d\u00e9cision finale d\u2019investissement \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Mais quatre&nbsp;ans apr\u00e8s <\/em>l\u2019annonce de ce programme<em> par Emmanuel Macron, le flou sur son co\u00fbt reste int\u00e9gral. Et loin de le dissiper, la communication d\u2019EDF \u00e9rige un triple \u00e9cran de fum\u00e9e. De quoi cacher le v\u00e9ritable montant de la facture finale&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>Euros de 2020 vs euros d\u2019aujourd\u2019hui<\/u><\/em><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le premier \u00e9cran de fum\u00e9e touche \u00e0 la m\u00e9trique employ\u00e9e. EDF exprime son chiffrage de 72,8&nbsp;milliards d\u2019euros estim\u00e9 fin&nbsp;2025 en euros de 2020. Comme si les Fran\u00e7ais payaient leur baguette au prix d\u2019il y a cinq&nbsp;ans. En int\u00e9grant l\u2019inflation, la facture serait plut\u00f4t, en premi\u00e8re approximation, de 85&nbsp;milliards d\u2019euros aux prix de 2025. Et davantage encore aux prix de 2029, date annonc\u00e9e pour le premier b\u00e9ton du premier \u00eelot nucl\u00e9aire. Bien s\u00fbr, pour mesurer l\u2019\u00e9volution des devis au fil du temps, il faut raisonner hors inflation, mais rien n\u2019interdit d\u2019exprimer les estimations pr\u00e9c\u00e9dentes en euros d\u2019aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les estimations pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;? En f\u00e9vrier&nbsp;2022, les six&nbsp;EPR2 \u00e9taient chiffr\u00e9s \u00e0 51,7&nbsp;milliards d\u2019euros de 2020, un montant r\u00e9\u00e9valu\u00e9 \u00e0 67,4&nbsp;milliards d\u2019euros de 2020 fin&nbsp;2023 et d\u00e9sormais \u00e0 72,8&nbsp;milliards d\u2019euros de 2020. Soit +&nbsp;40&nbsp;% en moins de quatre&nbsp;ans.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le communiqu\u00e9 d\u2019EDF ne le dit pas, mais ce nouveau devis pr\u00e9visionnel n\u2019est toujours pas \u00e9tay\u00e9 sur les plans d\u00e9taill\u00e9s de l\u2019EPR2, non finalis\u00e9s. Ce qui augure de futures d\u00e9rives. Il ne pr\u00e9cise pas non plus que ce devis n\u2019int\u00e8gre pas les d\u00e9penses \u00e0 pr\u00e9voir \u00e0 la fin du chantier pour la mise en exploitation commerciale du r\u00e9acteur (essais, corrections et qualifications techniques\u2026), ni les co\u00fbts de d\u00e9mant\u00e8lement. Dans le cas de Flamanville&nbsp;3, ces postes amont et aval sont estim\u00e9s \u00e0 respectivement 2,5 et 0,4&nbsp;milliards d\u2019euros, <\/em>indique la Cour des comptes<em>. En imaginant que le premier soit divis\u00e9 par deux gr\u00e2ce \u00e0 une bonne organisation des chantiers, ces deux postes alourdiraient le co\u00fbt annonc\u00e9 des six&nbsp;EPR2 de 10&nbsp;milliards d\u2019euros. Et encore, car l\u2019industrie nucl\u00e9aire est sp\u00e9cialiste du d\u00e9rapage. L\u2019histoire maudite de Flamanville, dont le co\u00fbt de construction a quadrupl\u00e9 entre 2006 et 2022 et qui a accumul\u00e9 douze&nbsp;ans de retard, ne se r\u00e9p\u00e8tera jamais&nbsp;? Pour sa paire d\u2019EPR en cours de r\u00e9alisation \u00e0 Hinkley&nbsp;Point, au Royaume-Uni, EDF avait annonc\u00e9 en 2019 un co\u00fbt compris entre 21,5 et 22,5&nbsp;milliards de livres de 2015. Il est pass\u00e9 en 2024 \u00e0 31-34&nbsp;milliards de livres de 2015, soit une hausse de 50&nbsp;%.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>Devis pr\u00e9visionnel incomplet<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le second \u00e9cran de fum\u00e9e consiste ainsi \u00e0 communiquer sur un devis pr\u00e9visionnel non seulement incomplet mais aussi entour\u00e9 de fortes marges d\u2019incertitude. Argument au c\u0153ur de la communication de l\u2019\u00e9lectricien, l\u2019effet de s\u00e9rie, qui consiste \u00e0 tabler sur les gains tir\u00e9s d\u2019une \u00ab&nbsp;industrialisation&nbsp;\u00bb de la construction, pose particuli\u00e8rement question.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>S\u2019agissant du programme EPR2&nbsp;\u2013&nbsp;six&nbsp;tranches, qui seraient suivies de huit&nbsp;autres&nbsp;\u2013, le chiffre de 72,8&nbsp;milliards d\u2019euros de 2020 avanc\u00e9 par EDF int\u00e8gre ainsi une baisse des co\u00fbts de l\u2019ordre de 30&nbsp;% entre les r\u00e9acteurs n\u00b0&nbsp;1 et 2 et les r\u00e9acteurs n\u00b0&nbsp;5 et 6. Si tel devait \u00eatre le cas, ce serait une rupture. Comme l\u2019a rappel\u00e9 <\/em>un article<em> d\u2019Ange Blanchard, doctorant en \u00e9conomie du climat, malgr\u00e9 la taille et la standardisation exceptionnelles du parc \u00e9lectronucl\u00e9aire fran\u00e7ais, ses co\u00fbts de construction n\u2019ont au contraire jamais cess\u00e9 de progresser entre les ann\u00e9es&nbsp;1970 et 1990. Le renforcement des exigences de s\u00fbret\u00e9 en est la principale raison.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au regard des tendances pass\u00e9es, des doutes p\u00e8sent sur l\u2019ampleur des baisses de co\u00fbts envisag\u00e9es entre les premiers EPR et les futurs EPR2, malgr\u00e9 un design simplifi\u00e9 au prix de renoncements sur la s\u00fbret\u00e9, tel l\u2019abandon du principe de double enceinte de b\u00e9ton pour le b\u00e2timent r\u00e9acteur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Fin&nbsp;2023, EDF avait r\u00e9\u00e9valu\u00e9 \u00e0 15,6&nbsp;milliards d\u2019euros de 2015 le co\u00fbt de construction de Flamanville&nbsp;3, soit, en euros d\u2019aujourd\u2019hui, 19&nbsp;milliards d\u2019euros. Selon l\u2019estimation du 18&nbsp;d\u00e9cembre dernier, un EPR2 co\u00fbterait en moyenne, toujours en euros d\u2019aujourd\u2019hui, 14&nbsp;milliards d\u2019euros. Cette baisse par rapport au co\u00fbt de Flamanville est tout sauf acquise au regard de l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e. En imaginant que le co\u00fbt d\u2019investissement \u00e9volue non pas de 19 \u00e0 14&nbsp;milliards d\u2019euros mais \u00e0 16,5&nbsp;milliards d\u2019euros par tranche, le devis des six&nbsp;EPR grimperait de 85 \u00e0 99&nbsp;milliards d\u2019euros (hors frais de mise en service commercial et de d\u00e9mant\u00e8lement).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin, et surtout, EDF communique sur des co\u00fbts d\u2019investissement dits \u00ab&nbsp;overnight&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire comme si le r\u00e9acteur \u00e9tait construit \u00ab&nbsp;en une nuit&nbsp;\u00bb. En gros, en calculant le prix des pi\u00e8ces et de la main-d\u2019\u0153uvre. Mais comme il s\u2019\u00e9coule de l\u2019ordre d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es&nbsp;\u2013&nbsp;sinon davantage&nbsp;\u2013 entre le moment o\u00f9 le chantier d\u00e9marre et celui o\u00f9 le r\u00e9acteur commence \u00e0 produire et faire entrer de l\u2019argent dans les caisses, cela entra\u00eene des frais financiers, un peu comme avec un pr\u00eat relais quand on ach\u00e8te une nouvelle maison avant d\u2019avoir pu vendre l\u2019ancienne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ces frais financiers, appel\u00e9s int\u00e9r\u00eats intercalaires, s\u2019ajoutent ainsi au co\u00fbt d\u2019investissement. Dans le cas de Flamanville, ils s\u2019\u00e9levaient \u00e0 4,2&nbsp;milliards d\u2019euros\u2026 pr\u00e8s du quart du co\u00fbt overnight. En imaginant que ces int\u00e9r\u00eats soient ramen\u00e9s \u00e0 3&nbsp;milliards par r\u00e9acteur, sur la base d\u2019un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de 3,5&nbsp;%, le taux auquel l\u2019Etat s\u2019endette \u00e0 dix&nbsp;ans, cela ferait 18&nbsp;milliards pour six&nbsp;EPR2.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>Omerta sur le co\u00fbt de financement<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais l\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Un troisi\u00e8me \u00e9cran de fum\u00e9e, encore plus opaque que le pr\u00e9c\u00e9dent, est l\u2019omerta sur le co\u00fbt de financement de l\u2019investissement et sa prise en charge. Quiconque ach\u00e8te \u00e0 cr\u00e9dit une voiture ou une maison sait qu\u2019il y a un gros \u00e9cart entre le prix affich\u00e9 sur la pancarte et ce qu\u2019il va devoir d\u00e9bourser. Et que cela d\u00e9pend du taux obtenu \u00e0 la banque. Pour un r\u00e9acteur nucl\u00e9aire, le principe est le m\u00eame. S\u2019agissant d\u2019un investissement \u00e9norme qui se rembourse sur plusieurs d\u00e9cennies, le param\u00e8tre de loin le plus d\u00e9terminant pour le co\u00fbt final de production de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est la r\u00e9mun\u00e9ration du capital que l\u2019on emprunte ou que l\u2019on immobilise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Partons de l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un programme de six&nbsp;EPR2, qui co\u00fbteraient en moyenne 14&nbsp;milliards d\u2019euros overnight chacun (hors frais intercalaires, hors frais de mise en service et d\u00e9mant\u00e8lement donc), fonctionneraient en moyenne \u00e0 85&nbsp;% de leur puissance nominale (quand le facteur de charge du parc nucl\u00e9aire fran\u00e7ais est de l\u2019ordre de 68&nbsp;%), seraient exploit\u00e9s pendant soixante&nbsp;ans et dont la construction durerait une dizaine d\u2019ann\u00e9es chacun en moyenne. Grosso modo ce qui est envisag\u00e9 par EDF et qui est certainement tr\u00e8s optimiste.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quel serait alors le co\u00fbt du capital qui permettrait d\u2019atteindre un co\u00fbt de production de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 rentable&nbsp;? EDF a r\u00e9pondu \u00e0 Alternatives Economiques qu\u2019il ne communiquait pas ce type d\u2019informations. Elles sont de fait extr\u00eamement sensibles. Selon les calculs de l\u2019\u00e9conomiste Alain Grandjean, si EDF cherchait une rentabilit\u00e9 du capital de 9&nbsp;%, soit la rentabilit\u00e9 du parc nucl\u00e9aire actuel <\/em>selon la Commission de r\u00e9gulation de l\u2019\u00e9nergie<em>&nbsp;(CRE), cela impliquerait de vendre l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 200&nbsp;euros le m\u00e9gawattheure&nbsp;(MWh) en valeur d\u2019aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il faudrait arriver \u00e0 vendre l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 autour de 150&nbsp;\u20ac\/MWh, ce qui est strictement impossible<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec un taux de 7&nbsp;%, le taux auquel le nucl\u00e9aire peut esp\u00e9rer emprunter sur les march\u00e9s compte tenu de son risque financier \u00e9lev\u00e9, il faudrait arriver \u00e0 vendre l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 autour de 150&nbsp;\u20ac\/MWh. Ce qui est strictement impossible, d\u2019une part au regard des co\u00fbts de production de l\u2019\u00e9olien et du solaire, plus de deux&nbsp;fois moins \u00e9lev\u00e9s, d\u2019autre part au regard des prix de march\u00e9 de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Pour fixer un ordre d\u2019id\u00e9es, l\u2019Etat table sur un prix de 70&nbsp;\u20ac\/MWh \u00e0 l\u2019horizon&nbsp;2030 dans son sc\u00e9nario m\u00e9dian de transition. Actuellement, les prix sur les march\u00e9s \u00e0 terme pour 2027-2029 varient de 50 \u00e0 55&nbsp;\u20ac\/MWh.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est donc crucial de parvenir \u00e0 abaisser le co\u00fbt de financement du programme EPR2, de mani\u00e8re \u00e0 faire tomber le co\u00fbt de production \u00e0 des niveaux coh\u00e9rents avec la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9. Avec par exemple un co\u00fbt moyen du capital de 3,5&nbsp;%, le co\u00fbt de production serait ramen\u00e9 aux alentours de 90&nbsp;\u20ac\/MWh, toujours sous les m\u00eames hypoth\u00e8ses optimistes de co\u00fbt d\u2019investissement et de facteur de charge.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On comprend donc l\u2019enjeu de la demande de la France, adress\u00e9e le 19&nbsp;novembre dernier \u00e0 la Commission europ\u00e9enne, pour l\u2019autoriser \u00e0 accorder des aides d\u2019Etat au financement des EPR. Le gouvernement demande \u00e0 Bruxelles le droit d\u2019offrir \u00e0 EDF, d\u2019une part, un pr\u00eat \u00e0 taux bonifi\u00e9 couvrant \u00ab&nbsp;au moins 50&nbsp;%&nbsp;\u00bb de l\u2019investissement overnight, et, d\u2019autre part, un pr\u00eat \u00e0 taux z\u00e9ro pour les int\u00e9r\u00eats intercalaires, autrement dit leur gratuit\u00e9\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><u>Estimation simplifi\u00e9e du co\u00fbt de production de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 d&rsquo;un EPR2 selon les principales variables de co\u00fbt, en euros d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par m\u00e9gawattheure<\/u><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>*&nbsp;Le co\u00fbt moyen d\u2019une tranche est de 14&nbsp;milliards d\u2019euros, sa dur\u00e9e de construction est de dix&nbsp;ans, sa dur\u00e9e d\u2019exploitation est de soixante&nbsp;ans, le facteur de charge est de 85&nbsp;% et le co\u00fbt du capital est de 3,5&nbsp;%.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>St\u00e9phane His, pr\u00e9sident de l\u2019association Energies renouvelables pour tous, et Alain Grandjean <\/em>ont estim\u00e9<em> \u00e0 37,5&nbsp;milliards d\u2019euros l\u2019aide sur l\u2019investissement overnight pour six&nbsp;EPR2 (montant correspondant \u00e0 la diff\u00e9rence de frais financiers entre des emprunts \u00e0 7&nbsp;% et 3&nbsp;%), auxquels s\u2019ajoutent 18&nbsp;milliards relatifs \u00e0 la gratuit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats intercalaires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Si le pr\u00eat \u00e0 taux z\u00e9ro pour les int\u00e9r\u00eats intercalaires constitue une d\u00e9pense budg\u00e9taire, ce n\u2019est toutefois pas le cas du pr\u00eat bonifi\u00e9 sur l\u2019investissement overnight, puisque le gouvernement compte puiser dans l\u2019encours du Livret&nbsp;A. Ce pr\u00eat bonifi\u00e9 n\u2019en est pas moins une aide de l\u2019Etat sans laquelle l\u2019EPR ne serait pas rentable et, critique St\u00e9phane His, les deux mesures forment au total \u00ab&nbsp;un \u00e9norme cadeau fait \u00e0 la fili\u00e8re nucl\u00e9aire alors que les \u00e9nergies renouvelables, elles, se financent aux conditions du march\u00e9, sans aides publiques au financement&nbsp;\u00bb. Et d\u2019ajouter&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019argent \u00e0 faible taux qui sera ponctionn\u00e9 sur le Livret&nbsp;A, c\u2019est autant qui ne financera plus le logement social.&nbsp;\u00bb\u2026<\/em><em>L\u2019opacit\u00e9 de la communication d\u2019EDF ne facilite pas la bonne compr\u00e9hension du sujet par les Fran\u00e7ais, ni la qualit\u00e9 du d\u00e9bat. Elle est en revanche utile aux acteurs qui ont tout \u00e0 gagner d\u2019un projet pharaonique dans lequel l\u2019Etat semble pr\u00eat \u00e0 garantir leur profit, assumer le risque et socialiser les pertes.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du nucl\u00e9aire civil fran\u00e7ais nous apprend une chose\u00a0: les co\u00fbts de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 nucl\u00e9aire sont toujours bien sup\u00e9rieurs aux estimations faites au moment o\u00f9 la d\u00e9cision est prise. Le dernier exemple est \u00e9videmment Flamanville avec le lancement du nouveau r\u00e9acteur EPR. Cette sous-estimation des co\u00fbts est une maladie assez fran\u00e7aise. 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