
Le 26 avril 1986, une réaction nucléaire incontrôlée à Tchernobyl, faisait exploser le réacteur n°4 en relâchant dans l’atmosphère une partie importante des produits radioactifs contenus dans le réacteur qui ont été entrainés par les vents dans toute l’Europe durant de nombreux jours. L’URSS n’a pas déclaré immédiatement cette explosion, ce sont les détecteurs de radioactivité dans un laboratoire suédois qui ont donné l’alerte. Et vu les éléments radioactifs mesurés, il s’agissait effectivement d’émissions provenant du cœur d’un réacteur nucléaire. Le cœur fondu n’a pas atteint la nappe phréatique sous le réacteur, ce qui aurait conduit à une catastrophe encore plus grave.
La gestion de ce terrible accident a été particulièrement mal traitée surtout à Tchernobyl même et dans sa région où de très nombreux travailleurs et pompiers volontaires sont morts ou ont été gravement atteints, où les populations n’ont pas été protégées ou évacuées à temps. En plus de l’irradiation et des brûlures graves, de nombreuses stérilités ou malformations sont survenues par la suite chez les femmes et les enfants. En France la gestion de cet accident majeur par les pouvoirs publics, s’est avérée désastreuse, tout ayant été fait pour minorer l’importance de la pollution radioactive. C’était la fameuse expression « Le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à la frontière » qui est restée accrochée à Alain Carignon, alors ministre de l’environnement, comme le scotch du capitaine Haddock.
En France une des conséquences pratiques de cette catastrophe a été la naissance de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la RADioactivité) àValence, en 1986, sous l’impulsion en particulier de Michèle Rivasi, avec la participation de scientifiques et de citoyens. CRIIRAD – Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité
Pour avoir des informations sur les impacts de la radioactivité sur les populations voir par exemple : Tchernobyl année 40
Et sur l’évolution de la règlementation sur la qualité de l’air après Tchernobyl : https://www.atmo-auvergnerhonealpes.fr/actualite/une-crise-fondatrice-la-catastrophe-de-tchernobyl
Quelques réflexions sur la nécessité d’une sécurité passive pour un développement acceptable de l’électronucléaire.
Le fonctionnement d’un réacteur nucléaire suppose qu’à tous instants la réaction nucléaire soit contrôlée car elle est naturellement instable et elle doit pouvoir s’éteindre très rapidement au moindre incident. La sécurité passive doit pouvoir assurer que la conception même du réacteur impose son arrêt à la moindre instabilité dangereuse. Il faut que la réaction s’étouffe naturellement sans intervention humaine ou informatique. Actuellement ce n’est pas le cas des réacteurs en fonctionnement. On l’a vu lors de tous les accidents importants comme Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011). Il faut choisir le design du réacteur pour qu’il ne puisse jamais s’emballer. Ce n’est pas facile mais pas impossible, certains projets sont en cours d’expérimentation. Sans sécurité passive, c’est la course aux protections pour se protéger contre les divers scénarios catastrophe, d’où les coûts qui dérapent et qui font que le nucléaire devient hors de prix et ne peut se développer que grâce aux aides publiques déguisées et une augmentation des prix de l’électricité, ce qui sera problématique à long terme.
Pourquoi la catastrophe de Tchernobyl ?
La filière soviétique RBMK a été choisie pour permettre de produire du plutonium de qualité militaire, comme l’ancienne filière française graphite gaz. Ces filières permettaient d’extraire les combustibles après l’arrêt du réacteur lorsque le plutonium est riche dans son isotope 239 et peu pollué par d’autres isotopes qui apparaissent si la réaction nucléaire est poursuivie plus longtemps. Ce n’est pas économiquement intéressant dans les réacteurs à eau sous pression qui doivent rester en fonctionnement le plus longtemps possible et dont le plutonium n’est plus de qualité militaire.
Dès sa conception ce réacteur (type RBMK) posait d’importants problèmes de sécurité, la gestion demandant une attention très particulière car les systèmes de mise à l’arrêt de la réaction nucléaire étaient beaucoup trop lents (environ 20 secondes pour la chute des barres absorbant les neutrons).
Ils étaient refroidis à l’eau (dans les tubes de force) et si l’eau se mettait à se vaporiser localement du fait d’une augmentation brusque des réactions nucléaires, les neutrons étant moins absorbés dans l’eau, la réactivité augmentait brutalement (coefficient de vide positif), d’où une excursion nucléaire par accélération de la réaction en chaine comme dans une arme nucléaire. Il aurait fallu avoir une extinction très rapide des réactions nucléaires, ce qui n’avait pas pu être fait, d’où l’explosion catastrophique du cœur du réacteur et en l’absence d’enceinte de confinement, une très grande quantité de nombreux éléments radioactifs sont partis dans l’atmosphère et ont été dispersé dans une grande partie de l’Europe.
