Analyse électorale municipales et cantonales 2008

Publié le 8 avril 2008

La mauvaise participation, les électeurs de droite qui votent Destot, l’effondrement de la droite, le comportement des électeurs de GO et de la LCR : voici l’analyse des élections 2008.

Participation

Toujours aussi mauvaise. On aurait pu espérer que l’afflux massif de nouveaux électeurs allait les pousser à voter, visiblement ce n’est pas le cas.

Il y a un problème de compréhension : à quoi sert un conseil municipal et l’importance de l’élection municipale.

Comme d’habitude il y a une sociologie de la participation :

Mistral 37 %, Abbaye 2 41,7%, Taillefer 2 43%, VO 43% Ce sont des bureaux où les écolos font de très mauvais scores.

Par contre Vieux temple2 65 %, Malherbe 4 67 %

Participation 2008

Grenoble 54,31 % un peu plus qu’en 2001
Canton 1 55,35 % faible progression
Canton 2 55,68 % stagnation
Canton 3 54,65 % diminution
Canton 4 55,02 % progression normale
Canton 5 55,17 % grosse progression
Canton 6 48,74 % diminution

Rappel participation 2001

Grenoble 53,07 %
Canton 1 53,02 %
Canton 2 55,05 %
Canton 3 55,17 %
Canton 4 53,68 %
Canton 5 51,50 %
Canton 6 49,85 %

Il y a une désaffection croissante dans le sud profond et une augmentation plus forte dans le Canton 5.

Comparaison PS cantonales / Destot : la grande ouverture à droite

La comparaison avec les cantonales et le score de 2001 des municipales :

Canton 2 : PS+PC= 32,35 % et en 2001 : 24,84 % ce gain de voix vient essentiellement de la droite : qui fait seulement 41,47 % (UMP+UDF+FN) au lieu de 49,23 en 2001 soit 8,8 points de moins.

Canton 4 : PS+PC = 33,06 % et en 2001 : 25 %. La droite tombant de 50,1 % en 2001 à 41,34 % (UMP+modem+FN), soit plus de 8,8 points de moins.

Canton 5 : PS+PC = 39,71 et en 2001 30,04 %. La droite tombe de 41,44 % en 2001 à 35,08% soit 6,4 points de moins, la candidate PS étant particulièrement mauvaise.

Donc le PS aux cantonales a gagné un fort pourcentage de voix de droite par rapport à 2001 (environ 8 points). Aux municipales il y a en plus l’apport du Modem dont le poids électoral est d’environ 8 %. Donc par rapport
à 2001, il y a un fort transfert des voix de droite sur Destot. Ce qui correspond tout à fait à son action politique depuis des années, et avec l’effondrement de la droite fuyant le repoussoir Carignon. Pour la première fois la Chambre de Commerce a
abandonné la droite officielle pour bénir le grand écart de M. Destot. Les aveux de B. Betto le soir du 2ème tour sont significatifs.

Théoriquement, Destot aurait dû faire au moins 46 % au 1er tour si il n’y avait pas eu les réactions de rejet par une partie de son électorat (PS et PC) de cette ouverture à droite. Si l’ouverture à droite avait été rendue publique plus tôt il est fort possible que le rejet se soit amplifié. On peut estimer à 3 % environ le vote protestataire venant de militants du PS et du PC qui est allé essentiellement sur la liste “Ecologie et solidarité en actes” et très peu sur la liste de GO, contrairement à ce que certains colportaient.

La droite est remerciée pour sa collaboration puisque avec 9 élus sur 44 elle obtient 20% des sièges de la majorité.

Elle augmente fortement sa présence dans le conseil passant de 14 élus à 18 (9 dans la majorité et 9 dans l’opposition). Ce n’est pas ce que l’on appelle un laminage, bien au contraire.

GO

6,61 % c’est un mauvais score. La seule mesure existant auparavant sur les municipales c’était en 1995, avec environ 8 %, ce qui avait été confirmé aux cantonales de 2001.

Si on enlève le vote aux Baladins, Malherbe 4 et Arlequin, GO n’obtient que 5.4 % des voix sur le reste de la ville. Ce faible score est confirmé aux cantonales puisque dans le canton 5 GO ne dépasse pas les 5 %.

J. Caune fait un assez bon score dans le canton 2 et prive M Girod de l’Ain de pouvoir se maintenir au 2ème tour. Par contre sur le canton 5, c’est moins de 5 %.

C’est peut être la disparition de GO en tant que mouvement local. Son positionnement toujours d’accord avec le maire ne lui a pas permis de se forger une identité spécifique.

L’électorat de GO ne s’est pas massivement reporté sur Destot ou sur des candidats du PS aux cantonales au 2ème tour.

Au moins 50% de l’électorat de GO n’a pas voté Destot au 2ème tour. Les couleuvres avalées par les élus vont encore approfondir la crise du mouvement. Aucune des propositions de GO pour fusionner avec Destot n’a été acceptée : cumul des mandats, pas de droite dans l’exécutif… J. Ph. Motte est allé à Canossa.

Les 5 élus ne correspondent pas à la proportionnelle. Il y a une punition pour ne pas avoir accepté les propositions initiales de Destot.

PC

Avec ses 5 % aux cantonales il obtient un bon score par rapport aux législatives de 2007. Mais ceci est obtenu grâce à l’absence d’extrême gauche, dont environ la moitié des voix s’est reportée sur le PC.

Avec 4 élus dans la majorité (peut être 5), il est bien traité. Il faut dire qu’il a été un bon soldat pour couvrir l’ouverture à droite, après avoir juré qu’il n’était pas acceptable de faire pénétrer le Modem dans une majorité dite de gauche.

De nombreux militants sont complètement écœurés de ce qui s’est passé.

Extrême gauche

Seule la LCR existe électoralement (4,66 %) mais n’atteint pas les 5 % fatidiques. LO avec 1,43 % et Doujon avec 1,03 % sont tellement faibles qu’il est difficile de dire où se sont reportées leurs voix au 2ème tour ou aux cantonales.

Par contre là où la LCR fait de bons score aux municipales : aux cantonales le vote écolo augmente fortement par rapport aux municipales. Il semble que la moitié environ des voix de la LCR se soient reportées sur les candidats aux cantonales (voir graphique).

simulation reports LCR 2e tour

Il doit y avoir un report aussi sur les voix PC qui fait un score un peu supérieur à ce qui était attendu.

On peut donc penser qu’au 2ème tour des municipales cela se sera aussi produit, soit un apport d’au moins 1000 voix environ de la LCR sur la liste “Ecologie et solidarité en actes” et une petite partie des votes d’extrême gauche s’est abstenue au 2ème tour (comme d’ailleurs les autres électorats,voir plus bas).

La droite

La droite a arithmétiquement sombré corps et bien. Elle a été prise en étau par d’un coté Carignon qui continue de jouer les repoussoirs, et de l’autre Destot qui lui ouvre tout grand les bras.

Il y a environ 15 à 16 % de voix de droite dans les 48 % de Destot, soit un électorat total d’environ 45 % pour la droite. Rappel : Sarkozy avait fait 42 % au 2ème tour à Grenoble.

En fait elle est moins défaite qu’apparemment car elle a pénétré la majorité municipale, et les forces extérieures (CCI, Medef) sont maintenant en état d’orienter de manière plus précise les décisions.

Ecologie et solidarité en actes !

La bonne campagne a payé. Le score du 1er tour est dans le haut de la fourchette attendue, grâce à des votes de gauche qui ne pouvaient pas accepter la confusion de la liste Destot.

Le second tour est aussi très positif, puisque l’augmentation du score de 7 points empêche Destot de dépasser la barre des 50 %. Les deux objectifs : dépasser les 20% et empêcher Destot d’atteindre les 50 % sont pleinement atteints.

Evidemment le système électoral fait que 22,5 % des électeurs ne seront représentés que par 6 élus, soit 10% du conseil municipal. Le poids politique des écologistes et alternatifs est renforcé, et ils ont maintenant la responsabilité
de trouver les voies qui vont permettre à tous les déçus de gauche de cette élection de s’exprimer et de peser dans le débat politique.

Les points noirs sont toujours certains quartiers très populaires, qui ont massivement voté pour le maire sortant : Mistral, Teisseire, Village Olympique. Il se prépare de cruelles désillusions dans ces quartiers, car la crise sociale va s’amplifier et ce
n’est pas la politique préconisée par Destot qui va l’atténuer. Un travail spécifique et pédagogique de la part des écologistes et alternatifs sera nécessaire dans ces quartiers.

Des scores très importants ont été atteints dans les qurtiers habituels. Il y a 7 bureaux où le score dépasse les 33 % au deuxième tour !

2ème tour : les transferts de voix

Il y a un recul de 830 voix entre les 2 tours sur les exprimés. La participation a baissé à 53,04 % soit 1,3 points de moins qu’au 1 er tour.

Destot gagne seulement 1950 voix, Fabien de Sans Nicolas, 435 et Boileau 2890.

Il est clair qu’il y a un mauvais report de voix de GO (2940 voix au 1er tour) sur Destot, les consignes de vote n’ont pas été suivies.

Il ne semble pas que le recul de la participation puisse être attribué à une abstention des électeurs des listes non présentes au 2ème tour. Il n’y a pas plus de recul dans les bureaux de droite ou de gauche, or seules des listes de gauche étaient absentes au 2 ème tour.

Il y a 8 bureaux où Destot fait moins ou le même nombre de voix au 2ème tour par rapport au 1er, ce qui veut dire qu’il y a aussi des électeurs de Destot qui se sont abstenus au 2 ème tour.

Est-ce que les électeurs de GO se sont abstenus ? Ce serait plus visible là où ils ont fait de gros scores. Or aux Baladins le recul de participation est plus faible que sur la moyenne de la ville (seulement un demi-point). Donc l’électorat de GO ne s’est pas abstenu.

Autre donnée : dans les 14 bureaux de vote où la diminution de la participation est la plus forte (recul d’au moins 3,5 points), GO ne faisait que 4,7 % donc moins que sa moyenne, et Boileau et Destot faisaient un peu plus que leur moyenne (à peine 1 point de plus) et la droite est dans la moyenne. Ceci veut dire que l’électorat de GO s’est plutôt moins abstenu que les autres.

Conclusion sur l’évolution de l’abstention

Tous les électorats sont touchés au même titre, le résultat final ne faisant aucun doute. D’ailleurs si on corrige de manière homothétique les résultats du 2ème tour pour qu’il y ait le même nombre de voix exprimées au 2ème tour qu’au premier et ce dans chacun des bureaux de vote, le résultat final donne exactement les même pourcentages pour les 3 listes au 2ème tour. Il n’y a aucune distorsion.

Une analyse bureaux de vote par bureaux de vote et une optimisation pour trouver la meilleure simulation donne : que 75 % des voix LCR se sont portées sur Boileau au 2 ème tour, et 45,5% des voix de GO. (voir graphique)

simulation 2e tour

Sur les 18 bureaux de vote où Destot diminue ses voix entre les 2 tours ou ne les augmente pas de plus de 5 voix, voici
les résultats :

Exprimés 1er tour : 8649, Destot : 3687, FDSN : 2873, Boileau : 1227, Motte : 354, LCR : 308
Exprimés 2 ème tour : 8284, Destot : 3689, FDSN : 2935, Boileau : 1660.

Donc – 365 exprimés en moins, Destot +2, FDSN + 62, Boileau + 433

Ceci montre qu’il est impossible qu’il y ait un fort report de GO sur Destot au 2ème tour, contrairement aux analyses de certains politologues. De plus le report des voixd’extrême gauche n’est pas suffisant pour expliquer le score de Boileau au 2ème tour.

Conclusion générale sur les reports :

Destot a récupéré environ 50 % des voix de GO et Boileau à peu près la même chose plus une bonne majorité des voix de la
LCR. L’électorat de GO a explosé entre les deux tours.

V. Comparat

Mots-clefs : ,

Le commentaires sont fermés.