M. Destot et le syndrome du Grand Large

Publié le 15 mars 2014

Avant de quitter ses fonctions de maire de Grenoble, Michel Destot nous laisse un billet sur son blog, auquel il ne nous avait pas habitués : “Mes années au service des Grenoblois (15). Le grand large” . La métaphore du Grand Large est intéressante pour parler de cette ville enserrée dans les montagnes.

Il nous avoue n’avoir «  jamais succombé aux sirènes de la proximité ». En effet, le maire actuel a d’abord été député depuis 1989 dans une circonscription dont on a coutume de dire que c’est la dernière circonscription qui pourrait être gagnée par la droite, tellement le découpage a été bien formaté pour qu’elle se maintienne dans l’escarcelle du parti socialiste. Mais Pasqua a bien fait les choses : des découpages pour la droite, d’autres pour la gauche et ainsi… les postes sont bien gardés, et pour très longtemps.

Grâce à ce billet, nous avons enfin l’explication de l’absence du maire à toute la durée des conseils municipaux, pendant de nombreux mois. Il s’agissait tout simplement de ne pas avoir l’air étriqué, en consacrant son temps de maire, à d’autres tâches plus nobles, que le « small » des affaires municipales, comme par exemple, la préparation des présidentielles de 2012.

Nous notons qu’il apprécie beaucoup ses allers/retours entre Paris et Grenoble. Il n’est pas le seul. Cette situation donne aux trop nombreux députés-maires, cet air d’importance, et d’homme toujours très « affairé ». Ces propos intéresseront probablement, tous les autres maires qui ne sont ni sénateurs ou députés, mais simplement des édiles locaux, qui œuvrent quotidiennement pour gérer convenablement les cités dont ils ont la responsabilité. Tous ces maires “besogneux”, soucieux du bien public apprécieront, tous ceux qui pratiquent le « small is beautiful » qui « paraît suspect et limité » au maire de Grenoble.

Les accusations sont nombreuses et variées sur tous ces «collègues » qui se réfugient dans leur « environnement immédiat », par leur manque de connaissance d’une langue étrangère, ou d’une suspicion à l’égard des élites, ou pire la justification du laxisme envers la délinquance qu’entraîne la pauvreté. Et nous en  arrivons au retour « des GAM des années 60, alors que tout est mondial ? », ce qui permet de mieux cerner qui sont les « étriqués » pour le maire de Grenoble. Rien ne nous est épargné, en faisant parler Hubert Dubedout, qui aurait dit regretter « s’être laissé entraîner à Grenoble par la dictature l’utopie qui entraînait du repli sur soi et de la laideur ». Les quelques personnes qui sont encore vivantes et qui ont œuvré avec Dubedout apprécieront. Parce qu’ils étaient des grands et le sont restés, ils n’auront pas la cruauté de rapporter ce que disaient d’autres protagonistes de cette aventure, sur certains jeunes socialistes de l’époque.

Les mêmes qualificatifs de « suspect parce que limité » s’adresse aussi à ces « collectifs dits citoyens réduits aux acquêts localistes, peu compatibles avec les enjeux et les défis plus larges, plus généreux, plus universels. ». Les quelques 10 000 grenoblois qui ont signé des pétitions pour faire changer les « grands projets  du maire » ne manquent pourtant, ni de générosité, ni de sens de l’universel, ils ont juste eu l’audace de vouloir faire vivre la démocratie concrètement.

Tout y passe dans ce papier pour qualifier certains qui ne sont jamais nommés… mais dont on peut facilement deviner les noms.

Tout cela pour en arriver à la seule ambition qui vaille, à savoir « la métropole » pour l’avenir de Grenoble. Cette métropole que le maire dit avoir gagnée en étant président de l’association des maires des grandes villes de France, mais aussi grâce à son mandat de député, etc.

Presque tous les responsables politiques souhaitent aussi l’avènement d’une autre organisation à l’échelle du bassin d’emploi grenoblois. Ils le veulent dans le respect des habitants, de leurs représentants élus, des territoires concernés. Un maire d’une commune de 500 habitants a tout autant droit à notre respect pour le courage de son engagement, que l’ambition d’un député maire, lequel à force de courir en tout sens connaît mal les réalités vécues par les habitants, non seulement du territoire concerné, mais aussi de sa commune. Ils souhaitent co-construire une organisation de coopération dynamique à l’échelle du bassin d’emploi, avec les différents territoires quelque soit leur taille, pour offrir plus d’emplois, plus de solidarité, des déplacements non polluants facilités… Un dynamisme économique pour tous.

Un point nous a cependant étonné « grâce au suffrage universel, le maire de la ville centre deviendra naturellement le président de la métropole en 2020 » ! Mais par quel miracle le maire de la ville centre sera président de cette métropole, puisque ce sera au suffrage universel. Juste un rappel : le suffrage universel offrira la possibilité à des candidat-es issu-es de toutes les communes de l’agglo, de pouvoir se présenter. Fort heureusement, les Grenoblois et les Grenobloises sont capables de regarder bien au-delà de la seule pancarte limitrophe de leur ville, pour faire le choix de celle ou celui qui sera le plus compétent pour assumer cette haute fonction de Président-e de la future institution de la région grenobloise.

Notre surprise fut grande à la lecture de ce billet. A tel point, que certains ont pensé à un piratage du blog. Au final, ce papier nous rappelle une formule prononcée par le maire en 2007, pour justifier l’éviction des écologistes au profit de la droite dans la liste droite-gauche de 2008 : « Durant les 2 mandats écoulés, j’ai vécu des années noires ».

Voilà, ce temps est terminé. Le maire de Grenoble va pouvoir se consacrer à la réflexion sur sa fonction de maire, obtenue en 1995, grâce aussi à l’action d’Ecologistes qui avaient l’ambition de faire revenir l’eau dans un service public et redonner à cette ville une fierté, après avoir subi l’humiliation d’avoir eu un maire corrompu par les puissances de l’argent.

Une partie de celles et ceux qui sont fustigés dans ce billet ont depuis longtemps fait leur « penser global, agir local ». Ils agissent pour cultiver le défi permanent d’une démocratie vivante au quotidien. Ils sont aussi investis dans le mouvement associatif pour l’aide aux plus démunis, dans leurs organisations syndicales ou politiques. Ils demeurent, ce que certains appellent avec mépris «des militant-es » de causes qui sont très nobles, pour une société plus juste, plus fraternelle. Que le maire se rassure, beaucoup d’entre eux parlent plusieurs langues, l’anglais, l’arabe, l’allemand, l’italien ou l’espagnol, mais aussi des langues africaines.

En conclusion, nous laisserons la parole à Jean Baptiste de Foucauld qui parle d’André Gorz, dans les 3 cultures du développement humain, « Retrouver le sens de l’utopie ». … « La culture de l’utopie a sa place, mais comme tension, processus, visée, ensemble de pratiques. Elle repose non sur la contrainte, mais sur l’éducation, la force de conviction, l’exemplarité, la valorisation des valeurs. Elle doit être régulée démocratiquement. Elle doit se concilier avec les cultures complémentaires mais différentes, de résistance et de régulation, ce qui ne va pas de soi. Elle est plus locale, ou plus transversale que simplement globale. ». Puissions-nous, nous en inspirer pour les années à venir.

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