Retour sur la commémoration du 17 octobre 1961 à Grenoble

Publié le 30 octobre 2026

La particularité de la commémoration du 17 octobre 1961 à Grenoble, c’est d’être organisée depuis des années par le collectif d’associations Collectif 17 octobre 1961 – Isère et la mairie de Grenoble. C’est le 17 octobre 2016 qu’a été déposée par la mairie place Edmond Arnaud, la plaque commémorative. Cette année c’était donc le 10 ème anniversaire du dépôt de la plaque rappelant ce rassemblement annuel Place Edmond Arnaud, avec discours et dépôts de gerbes.

Voici une copie du discours de Madame la maire de Grenoble le 17 octobre 2026 :

« C’est à la fois un honneur d’être parmi vous, mais c’est surtout une certaine gravité qui m’habite à l’heure de commémorer le massacre du 17 octobre 1961. C’était il y a 65 ans.

Ce jour-là, des policiers français ont tué des Algériens désarmés en plein cœur de Paris.
Le 17 octobre, 30 à 40 000 personnes, hommes, femmes et enfants, étaient sortis pacifiquement pour manifester dans les rues de la capitale, à l’appel de la fédération française du FLN, pour protester ainsi contre le couvre-feu instauré le 5 octobre contre les travailleurs algériens.

A la sortie des bouches de métro, sur les ponts et les boulevards de Paris, les manifestants avançaient. Des policiers les ont frappés. Des dizaines de corps ont été jetés à la Seine. On ne connaîtra jamais le nombre exact de victimes tués : 100, 200 peut-être.
En parallèle, plus de 11 000 manifestants ont été emmenés dans des bus, puis parqués, des jours durant, au Palais des Sports, au Stade Coubertin, ou au Centre de Rétention administrative de Vincennes, pour 1500 qui ont été renvoyés en Algérie.
Officiellement, le gouvernement n’a déclaré  que deux morts. Les médias, à de rares exceptions près reprendront à leur compte cette version.Il faudra attendre 30 ans pour que les faits soient reconnus, en 1991. Une mémoire censurée.
Et vingt ans de plus pour que le gouvernement français, sous la présidence de François Hollande, reconnaisse enfin sa responsabilité.

Le 17 octobre 1961 marque une des répressions d’État la plus meurtrière contre une population pacifique
dans l’histoire contemporaine de l’Europe continentale.

Notre présent sans cette mémoire n’a pas d’avenir. Souvenons-nous.
En 1961, la France est en guerre. C’est une guerre coloniale dont chacun sait que l’épilogue est proche, puisque dans ses vœux du 1er janvier, de Gaulle a annoncé que ce serait l’année de l’Algérie algérienne. Un vœu plébiscité lors du référendum pour l’autodétermination de l’Algérie

Dans ce contexte, la police française est missionnée pour faire la guerre au FLN en métropole.

Le 17 octobre 1961, c’est donc un massacre colonial. Et comme le dit Aimé Césaire, la
colonisation n’est pas une œuvre civilisatrice, mais une machine à déshumaniser les colonisés et à
ensauvager le colonisateur.
Le rôle de Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, a été central. « Pour un coup donné, nous en porterons dix », a-t-il dit à ses hommes, début octobre 61. Il les autorise à tirer dès qu’ils se sentent menacés, il leur donne sa parole qu’ils seront couverts.

Nous appelons les sénateurs à s’en souvenir avant de faire évoluer la loi sur la présomption de légitime défense.

Le 17 octobre, le silence et l’impunité qui l’ont entouré, ce sont les conséquences d’une mise entre parenthèses de l’État de droit. L’État de droit, c’est la pierre angulaire qui protège nos droits et libertés.
Alors aujourd’hui nous disons « Danger » !

Danger quand certains disent que « l’État de droit n’est pas intangible ni sacré ».

Danger quand d’autres veulent un changement de régime qui permettrait à son gouvernement de s’affranchir de toutes les protections des droits et libertés que nous offrent le droit européen et le droit international.
Ne nous trompons pas : si le 17 octobre a été possible, s’il a fallu trente ans pour en mesurer
l’horreur, c’est aussi parce que les victimes étaient algériennes.
Dans les jours qui suivent, le sort des Algériens suscite une quasi indifférence.

Au fond, le 17 octobre et son oubli, c’est une manifestation de racisme.
Si nous commémorons aujourd’hui le 17 octobre 1961, c’est grâce au combat acharné des enfants d’Algériens contre l’amnésie collective.

Il a fallu attendre le mouvement anti-raciste dans les années 80, puis l’attention médiatique autour du procès Papon, pour que les Algériens et leurs descendants sortent cette mémoire de l’oubli.

Dans notre ville, association, habitant, descendant d’Algériens se sont mobilisés et continuent à porter cette mémoire active. Soyons fiers d’être dans une ville ouverte, engagée, accueillante.
Le 17 octobre, c’est donc aussi une victoire contre l’oubli.
Comme le dit l’historien Benjamin Stora, l’apaisement passera par une reconnaissance des
souffrances de l’autre.

Pour que le déferlement de violence du 17 octobre 61 soit dans nos mémoires, mais reste à jamais, du passé. »

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