Eléments d’histoire de l’ADES

Publié le 10 avril 2015

logo adesUne longue histoire d’un rassemblement de citoyennes et citoyens actifs

De longue date, à Grenoble et dans sa région, des actions ont été conduites mettant en cause les politiques de droite et les dogmes de la gauche traditionnelle, tout en ayant pour volonté de construire des alternatives à une société industrielle productiviste gaspilleuse de ressources. La fin des années soixante, suite aux différents mouvements post-68 et de soutien aux peuples colonisés en lutte, a été riche en la matière, avec la création des Amis de la Terre en 1969, les luttes anti-nucléaires avec la manif pionnière de Bugey en 1971, le premier sommet de la terre à Stockholm en 1972, la Gueule ouverte, l’hebdo de Pierre Fournier lancé en 1972 avec le soutien de Charlie Hebdo, le rôle des militants du PSU restés hors PS en 1974, le livre fondateur contre « les dégâts du progrès » de la CFDT en 1977, Malville en 1976 et 1977, le projet nucléaire Thermos à Grenoble en 1977 et les thèses pro-nucléaires des proches de Dubedout, la liste autonome écologiste « Grenoble écologie pour autogérer la cité » conduite par Denise Andrevon qui fait 9,1% aux municipales de 1977… obligeant un deuxième tour à la liste PS-PC-MRG conduite par Dubedout (49,2% des voix au premier tour).

Dans cette mouvance, moins d’un an avant les élections municipales de 1983, Grenoble Ecologie Autogestion (GEA), “ancêtre” de l’ADES, voit le jour. GEA va progressivement s’élargir en rassemblant d’autres composantes (notamment des militant-es des Comités Juquin) dans la perspective des municipales de 1989, tout en changeant de nom pour Écologie, Alternative Autogestion (E2A). En 1994, en vue des nouvelles échéances municipales de 1995, l’association étend ce rassemblement à d’autres militant-es (notamment des Verts et d’Initiative Rouge et Verte) et prend le nom d’ADES, Association pour la Démocratie, l’Ecologie et la Solidarité. Le triptyque Démocratie-Écologie-Solidarité résume parfaitement le positionnement de ce rassemblement citoyen qui depuis plus de 30 ans a construit localement et efficacement une alternative politique aux partis politiques traditionnels de gauche, et une opposition concrète à la droite et à l’extrême-droite.

Quelque temps après la création de GEA, un média «le Rouge et le Vert» a été lancé qui illustre ce positionnement politique, écologiste et de gauche en faisant un clin d’œil au roman « Le Rouge et le Noir » de Stendhal (1). Journal papier bi ou trimestriel, un temps complété par la Gazette de Grenoble relatant les conseils municipaux, il est devenu un hebdomadaire électronique en 2010 traitant des dossiers municipaux et métropolitains, envoyé désormais à environ 4 000 personnes et associations.

Une histoire de l’autonomie politique

Ce mouvement est né de deux idées simples, l’une stratégique, être une initiative locale qui ne soit pas inféodée aux partis nationaux et à leur ligne jacobine, l’autre tactique et pratique, ne pas laisser des élu-es représentant les citoyens seul-es dans un conseil municipal (ou tout autre institution politique) sans qu’un collectif s’engage pour les soutenir de manière active pendant tout le mandat (y compris par un soutien critique, si nécessaire).

En 1982, malgré une tendance minoritaire favorable à une liste écologiste et alternative autonome, un groupe de militants associatifs, syndicalistes et politiques ainsi que de simples citoyens a décidé de se présenter aux élections municipales en passant une alliance avec la gauche traditionnelle PS-PC-MRG, assez usée, qui terminait son 3ème mandat et pensait acquis un 4ème mandat avec Dubedout. Le nouveau souffle ne sera pas suffisant. Ce fut l’échec retentissant, bien au-delà de Grenoble, puisque la droite (A. Carignon) l’a emporté dès le 1e tour (2). GEA n’obtiendra qu’un seul poste d’élue, avec Geneviève Jonot, dans l’opposition, sur les 5 envisagés en cas de succès. La résistance a commencé contre cette droite qui privatise et « clientélise » à tour de bras, récupérant même le projet de tramway auquel sa base électorale était pourtant opposée. A cette époque, le principe de la parité femmes-hommes avait du mal à exister à gauche, sur 13 élu-es, l’opposition ne comptait que 3 femmes.

En 1989, E2A, qui a succédé à GEA, présente une liste autonome appelée DESIR (Démocratie, Ecologie, Solidarité, Initiatives et Responsabilité), respectant déjà la parité, qui obtient deux élu-es (Geneviève Jonot, remplacée à mi-mandat par Claude Jacquier, et Raymond Avrillier). La liste de droite d’A. Carignon gagne au premier tour. Au cours du mandat 1989-1995, E2A et ses élu-es mènent des actions contre la corruption, contre la privatisation des services publics locaux et rendent publiques les affaires (3). La gauche traditionnelle conduite par des cumulards assez souvent absentéistes au conseil municipal, minée par ses divisions (création de GO Citoyenneté sur les décombres de l’échec gouvernemental de 1993) se contentera de surfer sur les résultats des actions que d’autres avaient obtenus, au moment où A. Carignon est emprisonné pour corruption, recel d’abus de biens sociaux et subornation de témoins, à l’automne 1994.

En 1995, l’ADES présente une liste autonome aux municipales conduite par Raymond Avrillier. Avec 13% au premier tour, la liste a 11 élus dans la majorité d’alliance de gauche et écologiste de second tour dirigée par M. Destot (PS). Sont également élus 3 conseiller-es communautaires. Une priorité essentielle de cette nouvelle majorité ayant donné lieu à un engagement électoral écrit, la remunicipalisation de l’eau, est bafouée par le maire PS qui se révèlera, au fil des ans, être un ami des grands groupes privés. Il veut maintenir la Lyonnaise des Eaux dans un montage laissant à celle-ci le pouvoir réel sur la gestion du service. Grâce à une résistance forte des élu-es et des habitant-es regroupé-es dans une association « Eau-secours », et en s’appuyant sur de nombreux recours juridiques, le retour en régie municipale est imposé en 2000 à M. Destot et ses apparentés. L’ADES et ses élus imposent également la mise en place d’un service de contrôle de gestion des organismes satellites de la ville.

Aux élections municipales de 2001, une liste rassemblant les écologistes, les alternatifs et une gauche citoyenne (GO Citoyenneté) ayant Pierre Kermen à sa tête, atteint près de 20% au premier tour. Cette liste obtient 18 élu-es dans l’union de second tour avec la gauche traditionnelle. Pour sa part, l’ADES conserve 11 élus. L’affrontement avec le PS à l’intérieur de la majorité va se durcir rapidement et se cristalliser contre les arrangements à la CCIAG (compagnie de chauffage), à GEG (gaz et électricité) et dans d’autres satellites, ainsi que sur le projet du grand stade de football dans le parc Paul Mistral, un projet non mentionné dans l’accord majoritaire de second tour. Malheureusement, GO Citoyenneté abandonne vite la bataille (4), laissant les mains libres au maire pour réaliser cet équipement coûteux pour les contribuables sous gestion privatisée (un match de foot tous les quinze jours).

Lors des municipales de 2008, M. Destot tourne le dos à l’alliance avec les écologistes et les alternatifs pour convoler avec une partie de la droite grenobloise, dont des anciens soutiens du maire corrompu A. Carignon. La liste écologiste, alternative et citoyenne conduite par Maryvonne Boileau, qui a empêché M. Destot d’être élu au premier tour comme il l’espérait, se maintient au second tour. Elle obtient 22,5 % des voix et 6 élu-es qui s’opposeront fermement, mais constructivement, durant tout le mandat, à cette majorité fruit d’une alliance contre nature. Ce fut aussi le temps de l’engagement de nombre de militant-es, qui s’investissent dans le mouvement associatif déserté par les partis de droite et de gauche traditionnels, et dans les Unions de quartiers. Les élu-es et les militant-es étaient convaincu-es que l’histoire continuait de s’écrire autrement, en faveur de leurs objectifs, et que cette période d’opposition était un moment de passage obligé pour coproduire avec les gens de nouveaux projets qui serviraient de base à l’édification d’une nouvelle majorité de citoyen-nes rassemblés.

La victoire aux municipales de 2014 du Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes conduit par E. Piolle doit beaucoup au travail de ces élu-es minoritaires et de l’ADES tout au long de ces années. En 2010, le Rouge et le Vert, sous forme d’hebdomadaire électronique, devient un média indispensable pour décrire et démonter dans le détail la politique néfaste menée par l’alliance PS, PC, GO Citoyenneté et de la droite au cours du mandat 2008-2014.


Notes

1 – Certains observateurs « puristes et idéologues » voyaient alors dans l’accolement de ces deux couleurs aux connotations fortes, un risque de contamination mutuelle. Les rédacteurs répétaient que le rouge renvoyait au monde vivant animal (le sang) et le vert au monde vivant végétal (la chlorophylle), tout cela étant parfaitement compatible comme l’avait montré la vie sur cette terre. Comme ces mouvements dont ils portaient les idées et qui appartenaient, eux, au monde du… vivant.

2 – Cela a servi de leçon et jamais plus il n’a été question de reconduire ce type d’alliance au premier tour aux élections.

3 – Multiples actions pour défendre les usagers des services publics essentiels (eau, assainissement, électricité, chauffage urbain) qui subissent dans les tarifs des impôts cachés qu’il faut supprimer. Actions contre la corruption, contre les privatisations des services publics locaux (GEG-Lyonnaise-Suez et ses filiales, Aquapole, privatisation de la deuxième ligne de tram à SATURG, parkings Vinci, stationnement sur voirie, affichage et mobilier urbain, restauration municipale, régie foncière et immobilière, vente de Grand’Place, CCIAG-Générale de Chauffe-Dalkia et filiales, …), la multiplication des démembrements (associations para-municipales, par exemple affaires ASG, Grenoble Culture…), les anomalies dans la gestion du logement social (affaires OPALE…), la gestion irrégulière du club de foot, l’emprise des grands groupes (Lyonnaise des Eaux, Générale des eaux et leurs nombreuses filiales), la tentative illégale d’un tunnel sous Grenoble avec le groupe Bouygues (affaire Carvex), des opérations spéculatives avec les groupes immobiliers (SARI-SEERI, groupe Rivier…), le permis de destruction de la piscine municipale Jean Bron, les marchés et emprunts irréguliers (Alpexpo, Palais des Sports, parkings et échangeur, SEM Grenoble 2000, CHU, CCIAG, UIOM de La Tronche, SEMITAG, OPALE, Syndicat mixte du Vercors, emprunts CCI Ecole de commerce et APPS, circuit automobile, marchés routiers, acquisitions du Musée…), les embauches illégales d’affidés (ville, communauté d’agglo, satellites, Alpes Congrès, GID, VFD, SEM Grenoble parking, GEG…), l’opération commando pour tenter de s’emparer de l’association de gestion de la Maison de la Culture, une tentative douteuse avec la société américaine Mac Donald Douglass via une banque suisse… Les deux élus, minoritaires, et l’ADES rendent publiques les affaires, permettant de montrer que derrière la propagande sur la gestion municipale et intercommunale, il y a une forte hausse des impôts (fiscalisation du syndicat intercommunal SIEPARG en 1990, impôts cachés dans la hausse des tarifs de l’eau et de l’assainissement privatisés, dans les factures d’énergies …) et une situation de budgets illégaux (années 1990-1993, renflouement par M. Haberer et le Crédit Lyonnais…). Les actions sont menées dans la durée pour la sauvegarde des biens communs, pour la remunicipalisation de l’eau vendue à la Lyonnaise, pour rendre publics les irrégularités, pour une démocratisation réelle de la vie communale, pour une politique sociale du logement et de réhabilitation, pour le maintien et l’amélioration des équipements, dont la piscine municipale Jean Bron, le stade Bachelard…

4 – GO Citoyenneté a malheureusement trop souvent joué les supplétifs du PS, même si, parfois, certains de ses militants ont eu envie de prendre leur indépendance. En 2008, ce mouvement s’est cassé en deux. Une partie a démissionné en refusant l’alliance au second tour avec la liste Destot qui comptait dans ses rangs un ancien adjoint de Carignon et un ancien de son cabinet. Ceux qui sont partis ont rejoint le Rassemblement Citoyen et, en 2014, deux sont devenus adjoints dans la nouvelle majorité municipale grenobloise.

Mots-clefs : ,

Le commentaires sont fermés.