Analyse des résultats du 1er tour de l’élection présidentielle

Publié le 28 avril 2017

Pour la première fois dans l’histoire de la 5ème République les grands partis dits de gouvernement ne sont pas présents au 2ème tour d’une présidentielle. Usés et divisés, incapables de se renouveler, ces partis de droite et de “gauche” ont été incapables d’offrir une perspective crédible aux électrices et aux électeurs. Reste désormais au 2ème tour et face à face, un inquiétant parti d’extrême droite et un regroupement très composite autour d’un candidat qui a réussi à perturber le petit jeu politique habituel pour la lutte des places.

Pour ce qui concerne la prochaine politique gouvernementale tout, ou presque, devrait se jouer dans ce qui ressemble à un 3ème et 4ème tour présidentiel, les élections législatives du mois de juin 2017. Celles-ci ne sont plus une simple ratification amplifiée du résultat de la présidentielle.

Une autre leçon de cette campagne, c’est l’échec total du système des primaires, mais est-ce que cela les condamne réellement ?

La participation au 1er tour est un peu plus faible qu’en 2012 avec 77,8 % de votants contre 80,4 %. Contrairement à ce qui était annoncé les électeurs se sont assez bien déplacés et il y a eu très peu de bulletins blancs et nuls 2 % contre 4,7 % en 2012 et en conséquence le taux de votes exprimés est resté constant à 75,8%. Les électeurs ont donc trouvé dans l’offre électorale du premier tour de quoi s’exprimer.

Mais dans la commune de Grenoble le taux de votes exprimés a nettement diminué entre 2012 et 2017, passant de 78% à 74 %. Alors qu’il y avait 330 inscrits de plus en 2017 qu’en 2012, le nombre d’exprimés a chuté de 3100 voix, les vacances scolaires ont certainement joué et la difficulté pour faire des procurations a dû empêcher certains votes et… qui sait, la lassitude ou le dégoût d’un électorat qui dans cette commune est particulièrement exigeant face aux corrupteurs et aux corrompus.

Résultats en voix à Grenoble Exprimés FN UMP-LR Macron PS Mélenchon Modem EELV Autres candidats
2012 65934 7142 14067 23942 10161 5466 3277 1879
2017 62801 6718 9505 17985 6781 18139 3673
Différences 2017 – 2012 -3133 -424 -4562 17985 -17161 7978 -5466 -3277 1794

Comme d’habitude, les votes à Grenoble sont très différents des votes du département, de la région et du national. Le vote régional est proche du vote national, celui de l’Isère moins Grenoble montre un Front national plus présent et une droite plus faible signifiant bien une certaine porosité d’une partie de ces électorats.

Résultats 2017 Le Pen Fillion Macron Hamon Mélenchon Total 5 candidats
National 21,30 20,01 24,01 6,36 19,58 91,26
Région AURA 20,72 20,20 24,50 6,13 19,24 90,79
Isère 22,33 17,05 24,77 6,59 20,52 91,26
Isère moins Grenoble 23,54 17,25 24,36 6,15 19,64 90,94
Grenoble 10,70 15,14 28,64 10,80 28,88 94,16

A Grenoble : Mélenchon devance légèrement Macron à presque 29 %. La droite traditionnelle n’a jamais été aussi faible et le FN est bloqué à un niveau nettement plus faible (10,7%) qu’au niveau national (21,30%). Hamon fait un score plus honorable (10.80%) qu’ailleurs (6.36%), mais l’alliance entre PS et EELV n’apparait pas regrouper une « belle alliance populaire »… On peut aussi noter que les « petits candidats » font à peine 6 % à Grenoble alors que c’est environ 9 % ailleurs.

Dans la métropole (49 communes), le FN fait des scores importants : plus de 18 % hors Grenoble.

Le Pen Fillion Macron Hamon Mélenchon
La Métro 16,01% 16,35% 27,89% 8,23% 24,58%
La Métro moins Grenoble 18,29% 16,87% 27,57% 7,13% 22,73%

Dans 10 communes (plutôt au sud de l’agglomération), le Front National dépasse les 25 %, avec dans l’ordre décroissant : Notre Dame de Commiers (31,8%), Champ sur Drac (31,2%), Saint Barthelemy de Séchilienne, Saint Paul de Mésage, Vif (27,7%), St Georges de Commiers, Miribel-Lanchâtre, Séchilienne, Vizille (26,7%), Murianette et St Paul de Varces.

Dans 8 communes (plutôt au nord), le FN fait moins de 11%, par ordre croissant : Corenc (7,4%), Mont Saint Martin, La Tronche, Le Sappey, Meylan, Herbeys, Venon, Grenoble (10,7%).

Le vote pour Mélenchon est aussi très variable, plus de 40 % à Mont St Martin (la plus petite commune de l’agglo) et surtout plus de 30 % à St Martin d’Hères, Echirolles et Fontaine.

Les communes importantes où le vote Macron dépasse les 30% sont : Meylan, St Egrève, Claix, Eybens, Seyssins, La Tronche, Corenc, St Martin le Vinoux et Poisat.

Il n’y a que deux communes où Fillion dépasse les 30 % : Meylan et Corenc.

Cette diversité des résultats montre une agglomération très fragmentée politiquement et socialement.

La géographie politique de Grenoble est bouleversée avec une droite traditionnelle très faible à 15 %, c’est le socle de la droite dure chère à M. Carignon. Alors que le FN progresse fortement au niveau national, il est bloqué à 10 % à Grenoble. C’est nettement inférieur au score fait par le FN en 2002 à Grenoble (12,4%) au 1er tour de la présidentielle avec JM le Pen qualifié pour le 2ème tour. Mais il y a des quartiers grenoblois où le FN fait plus de 20 % des voix, il progresse dans les bureaux où il est déjà très implanté en prenant des voix à la droite. Dans 4 bureaux (Beauvert 2, André Abry, Taillefer 3 et Abbaye 2), il progresse de plus de 3 points.

Le vote pour Mélenchon est très marqué à gauche et fort dans les milieux populaires. Dans les bureaux des Baladins qui sont traditionnellement les plus à gauche de Grenoble (à peine 15 % pour la droite et l’extrême droite en 2012) Mélenchon passe de 25,5 % en 2012 à 44,7 % en 2017, la droite et l’extrême droite reculent à 12,5 %, Hamon n’atteint que 11, 4% là où le PS dépassait 46,5% et Macron atteint 25,5% en récupérant environ 50 % des votes PS de 2012 dans une ville plutôt ouverte et depuis fort longtemps sur le monde (Grenoble est une ville d’immigrations).

Là où le vote à droite est le plus important (dans 4 bureaux de l’hypercentre), Fillion fait 27,4 % alors que Sarkozy en 2012 dépassait les 31%. Macron atteint 33 % et Mélenchon passe de 13% en 2012 à 21 %. Le PS s’écroule de 31% à 10%.

Le vote Mélenchon en 2017 ajoute au score de 2012 une forte proportion de vote PS (environ 30%). Il récupère des voix d’Eva Joly (candidate écologiste en 2012) et grignote un petit peu ceux du FN. Hamon ne récupère qu’environ 20 % du vote PS de 2012 et une partie des voix d’Eva Joly. Macron récupère environ une moitié des votes PS de 2012, une bonne fraction des votes pour Bayrou de 2012 et environ 20 % de votes de droite.

Il est difficile de tirer des conclusions sur l’avenir de la carte politique grenobloise car les évolutions sont tellement importantes surtout à gauche (et chez les écologistes). Nous ne saurons qu’au moment des législatives si ce sont des évolutions appelées à durer ou s’il ne s’agit que d’un moment particulier et éphémère.

Le second tour de la présidentielle donnera aussi des renseignements sur nos capacités de résistance déjà ancienne au Front National ou au contraire sur sa capacité à ronger les digues des démocrates. A Grenoble il ne devrait pas y avoir de grosse surprise, en revanche, au niveau national, la résistance et l’alternative peinent à se structurer pour rompre vraiment avec les atteintes aux droits, le financiarisme et le racisme.

Il ne tient qu’à chacune et chacun d’entre nous d’agir pour un rassemblement pluraliste actif pour la démocratie, l’écologie, la solidarité.

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