
La fécondité dite « conjoncturelle » a atteint 1,53 enfant par femme en France métropolitaine en 2025 selon l’Insee, en baisse par rapport à l’année précédente. Elle se situe en dessous du niveau atteint au milieu des années 1990 (1,66 en 1994). Depuis le milieu des années 2010, la diminution est sensible, sans que l’on puisse en tirer une conclusion sur l’avenir. Depuis le XIXe siècle la France et inquiète de sa fécondité, alors qu’elle figure parmi les pays où elle est la plus élevée en Europe. Selon un article du Centre d’observation de la société, la peur de l’extinction démographique est très médiatisée.
Pour comprendre l’évolution de la fécondité, il faut comprendre l’outil qu’on utilise ce qui est rarement le cas. L’indicateur conjoncturel mesure la fécondité une année donnée, toutes générations confondues. Chaque année, l’Insee calcule les taux de fécondité par âge et estime à partir de ces taux un nombre purement théorique d’enfants par femme. On fait comme si chaque femme avait au cours de sa vie la fécondité de toutes les femmes de l’année en question ce qui en pratique n’est jamais le cas. Cette photographie mélange des mères de générations âgées de 18 à 45 ans, nées à des époques très différentes. Comme tout instantané cela ne permet pas de savoir combien les femmes auront réellement d’enfants à la fin de leur vie féconde (l’équivalent d’un film). Il serait plus normal de qualifier cet indicateur « d’espérance de fécondité », comme l’espérance de vie.

Quand les couples décident de reporter les naissances (effet dit de calendrier), l’indicateur diminue dans un premier temps (les années 1970 et 1980 en ont été des exemples), puis remonte avec la hausse de la fécondité aux âges plus élevés : on fait tout autant de bébés, mais plus tard dans la vie. C’est ce qui s’est passé dans les années 1990 et ce qui se passe aujourd’hui depuis 2010. En se maintenant à un niveau élevé, le chômage et la précarité ont probablement affecté le calendrier : une partie des couples ont remis leur projet à plus tard, faute de ressources. La crise sanitaire a eu le même impact : les naissances ont chuté. Plus récemment, le climat d’insécurité lié à la guerre en Ukraine et ailleurs, les difficultés de logement ont aussi pu avoir un effet chez les jeunes couples.
Si l’on cherche à comprendre la natalité, il faut se placer sur le temps long. Le baby-boom (1945-1975) est une exception de notre histoire démographique, ce qui se passe depuis n’en est pas une. La fécondité est pour beaucoup liée à la place des femmes dans la société. Les pays où la fécondité est la plus faible sont ceux où la venue d’un enfant impose le plus souvent aux femmes d’arrêter de travailler (comme l’Espagne et l’Italie). La France est l’un des pays occidentaux où conjuguer maternité et vie professionnelle est à la fois moins difficile en pratique et le plus valorisé. Les pays où la fécondité est la plus élevée (la France, mais aussi la Suède ou le Royaume-Uni par exemple) sont ceux où les rôles entre les femmes et les hommes se sont rééquilibrés et où les normes traditionnelles de la famille (les femmes doivent s’arrêter de travailler pour élever leurs enfants) sont les moins prégnantes. La politique familiale ne joue pas un rôle majeur : elle ne fait qu’accompagner ce processus.
L’indicateur le plus pertinent : la descendance finale
Pour juger de l’évolution sur longue période l’indicateur de « descendance finale », beaucoup moins médiatisé, est plus pertinent. Il s’agit du nombre d’enfants mis au monde au cours de leur vie féconde par une génération de femmes nées une année donnée. On ne connaît sa valeur à peu près définitive que quand les femmes n’ont plus qu’une faible probabilité d’avoir des enfants, autour de 45 ans. Aujourd’hui, on dispose de ce chiffre pour les générations nées à la fin des années 1970. Les femmes nées en 1980 – dernier chiffre connu, pour l’année 2025 – ont eu en moyenne deux enfants (2,04 exactement), un petit peu plus que celles nées à la fin des années 1960. Ce chiffre a de bonnes raisons de rester stable, puisque les femmes nées au milieu des années 1980 ont eu à 35 ans quasiment autant d’enfants (1,6) que celles nées au début des années 1970 au même âge. Il faudrait que la fécondité baisse de manière beaucoup plus durable pour que l’effet de calendrier se répercute sur la descendance finale…
Mots-clefs : démographie, france, insee
