L’insécurité n’augmente pas en France

Publié le 3 avril 2026

Nous avons trouvé  particulièrement bienvenu cet article du 27 mars 2026 du Centre d’observation de la société.

La question de l’insécurité revient régulièrement au-devant de l’actualité. Il est difficile de faire la part des choses entre des inquiétudes réelles et l’instrumentalisation de faits divers mis en avant par les médias pour accroître leur audience. Tous les jours, notre pays compte trois meurtres ou assassinats. Beaucoup moins qu’il y a 30 ans, mais cela permet de nourrir une chronique à défaut d’autres événements majeurs. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène.

S’agissant de pratiques illégales, les statistiques disponibles ne mesurent qu’une partie de ce qui se passe dans la société. Il faut avancer avec une grande prudence dans ce domaine. Pour autant, avec les outils dont on dispose, rien n’indique que notre société soit devenue plus violente ces dernières années, c’est même l’inverse qui apparaît.

Si on prend en compte l’ensemble des crimes et délits enregistrés par les services de police et de gendarmerie depuis la Seconde Guerre mondiale, on note une forte hausse entre les années 1960 et le début des années 1980. On passe à l’époque de dix crimes et délits par an pour 1 000 habitants à environ 60. Depuis, les données varient entre 55 et 65. À partir de 2016 (il y a alors une rupture de série) les crimes et délits ont légèrement augmenté, de 50 à 56 pour 1 000 habitants.

Ce chiffre global pose plusieurs problèmes. Des homicides, féminicides à la falsification de documents d’identité en passant par des cambriolages, il rassemble des faits hétéroclites. Il dépend aussi de l’activité des services de police : quand ces derniers deviennent plus efficaces, il augmente sans que cela traduise nécessairement une hausse de l’insécurité. Il est aussi influencé par de grandes transformations sociales : la progression des crimes et délits des années 1960 et 1970 est essentiellement due aux vols. On entre alors dans la société de consommation, il y a davantage d’objets à voler, on s’assure plus souvent et on les déclare davantage à la police. C’est un autre point important : la violence enregistrée par les statistiques dépend beaucoup de la sensibilité au sujet et de la capacité à déclarer des faits.

Violences contre les personnes

Pour mieux comprendre l’insécurité, il faut entrer dans les détails. Depuis le milieu des années 1980, les violences les plus graves sont moins fréquentes : on s’entretue de moins en moins en France. Si l’on se place sur longue période, jouent l’élévation des niveaux de vie et de diplôme d’un côté, et la meilleure protection des personnes par les forces de sécurité de l’autre. Plus récemment, le nombre annuel d’homicides a nettement baissé, de 1 400 à 800 entre 2002 et 2009, et il est à peu près stable depuis dix ans.

Les chiffres des violences physiques contre les personnes, recensés par les forces de l’ordre sont en hausse. Hors du milieu familial, les cas sont passés de 160 000 à 220 000, mais surtout au sein de la famille de 110 000 à 260 000. Ces chiffres sont utilisés pour nourrir le débat sur la hausse de l’insécurité. Pourtant, on ne peut pas en conclure à une très forte augmentation des violences entre personnes. Comme l’expliquent les chercheurs du Cesdip, cette situation est d’abord le résultat d’un durcissement de la loi : de plus en plus d’infractions sont comptabilisées comme des délits alors qu’elles ne l’étaient pas auparavant. Surtout, la hausse est liée au fait que ces violences sont de plus en plus souvent déclarées, comme le note le ministère de l’Intérieur, en raison de campagnes de sensibilisation aux violences conjugales, violences contre les femmes et féminicides. On comptabilise alors des faits qui autrefois restaient dans l’ombre de la sphère domestique.

Pour essayer de limiter l’effet lié à l’activité des forces de l’ordre, le ministère interroge la population, à travers des enquêtes dites de « victimation ». On n’observe aucune évolution notable depuis 20 ans : environ 700 000 personnes se disent victimes chaque année de violences physiques. Malheureusement, les chiffres de 2019 à 2021 ont été affectés par la crise sanitaire et le ministère de l’Intérieur a modifié les items de son enquête ce qui fait que les données récentes, depuis 2022 ne sont pas totalement comparables…

Le sentiment global d’insécurité

Au final, qu’en est-il du sentiment global d’insécurité dont témoigne la population ? Globalement, un peu plus de deux personnes sur dix se sentent en insécurité « souvent » ou « de temps en temps » dans son quartier ou son village. Ce chiffre évolue peu depuis quinze ans. Le sentiment d’insécurité est sensible à la médiatisation : l’élection présidentielle de 2002 avait été marquée par une forte poussée du sentiment d’insécurité, alors que les faits ne mettaient pas en avant d’évolution notable. Il faut noter que ce chiffre rassemble deux modalités de réponse assez différente : se dire « souvent » en insécurité n’est pas la même chose que « de temps en temps ».

La stabilisation, voire la diminution, de nombreux indicateurs de l’insécurité ne doit pas conduire à minimiser la question. Les statistiques de police ne prennent pas en compte les faits de faible importance, comme les insultes ou les brimades, qui constituent bien une forme d’insécurité et un fond de crispation sociale. Il faut apporter des réponses à la population qui se sent en insécurité, quelle que soit la forme qu’elle prend. Chaque année, entre 600 000 et 700 000 personnes de 14 ans ou plus se disent victimes de violences hors du cercle familial. Elles peuvent être de degrés très divers, mais il faut y prêter attention. Enfin, l’insécurité varie selon les territoires. 29 % des personnes qui vivent dans des villes de plus de 100 000 habitants, disent se sentir en situation d’insécurité « souvent ou de temps en temps », contre 11 % en milieu rural, selon le ministère de l’Intérieur (données 2024). La faible implantation de la police dans les quartiers dans lesquels l’insécurité est la plus grande et la distance des habitants avec elle participent au sentiment d’insécurité de la population. L’insécurité ne progresse pas en France, mais les méthodes et l’organisation des forces de l’ordre peuvent grandement s’améliorer.

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