
La note d’analyse n°158 de février 2026 du Haut-commissariat à la stratégie et au plan nous indique comment et à quel point la pauvreté persiste d’une génération à l’autre en France.
L’étude a suivi une cohorte d’élèves pendant seize ans, de leur entrée au collège jusqu’à l’âge de 26-27 ans (entre 2007 et 2023).
Plus l’exposition à la pauvreté en sixième est intense, plus les conditions de vie à l’entrée dans l’âge adulte sont défavorables : sortie précoce du système scolaire, probabilité accrue de n’être ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET), et en emploi de percevoir un bas salaire (parmi les 20 % les plus faibles de la cohorte).
Ces écarts entre les jeunes exposés et non exposés à la pauvreté restent significatifs après contrôle d’un large ensemble de caractéristiques familiales et sociodémographiques au début de l’adolescence.
En outre, les effets de la pauvreté sur les trajectoires diffèrent selon le sexe : il existe une sur-pénalité féminine en termes de probabilité d’être NEET et de percevoir un faible salaire, dans le sens où la pauvreté pénalise encore plus fortement les femmes que les hommes.
Pour éclairer les mécanismes de cette persistance, sont décomposés : l’effet de la pauvreté à l’adolescence en effets directs et indirects, via trois médiateurs principaux ; le niveau de diplôme atteint, la parentalité et le contexte socioéconomique de la commune de résidence en début de vie adulte. Les canaux diffèrent selon le sexe : chez les hommes, le diplôme concentre l’essentiel de l’effet ; chez les femmes, la parentalité accroît nettement le risque d’éloignement du marché du travail, quand il a l’effet inverse chez les hommes.
Enfin, la pauvreté agit tôt et durablement sur le diplôme, principal médiateur de la probabilité d’être NEET, via des canaux scolaires observés en sixième : les difficultés précoces concentrent l’essentiel de la médiation conduisant à une sortie du système scolaire sans baccalauréat, tandis que d’autres facteurs – tel le contexte social du collège – réduisent également les chances d’obtention d’un diplôme de niveau élevé.
Ces résultats appellent à une réflexion sur les bons leviers d’action publique : intervenir le plus tôt possible et investir davantage dans l’enfance ; dans le secondaire, promouvoir la mixité sociale et des politiques de réduction des inégalités.
La baisse démographique en France offre une fenêtre d’opportunité pour cibler ces investissements et mettre en œuvre différentes politiques efficientes. À l’âge adulte, il s’agirait de réduire la pénalité liée à la parentalité et les inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail, ainsi que d’améliorer les opportunités locales d’emploi, notamment pour les moins diplômés, et, in fine, de favoriser la mobilité sociale en cours de carrière afin de lutter contre la reproduction de la pauvreté.

