
Le centre d’observation de la société fait le point sur cette situation inquiétante. La pauvreté au travail augmente en France depuis le début des années 2020. En 2023, le taux de travailleurs pauvres a atteint 4,4 % au seuil de 50 % du niveau de vie médian et 8,3 % à celui de 60 %. Entre 2020 et 2023, on a enregistré une hausse comprise entre + 200 000 et + 400 000 travailleurs pauvres supplémentaires, selon les deux définitions.
La France avait longtemps réussi à contenir le phénomène de pauvreté au travail. Après une période de baisse à la fin des années 1990, la part de travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté était restée relativement stable au cours des années 2000 et 2010 un peu au-dessous de 4 % au seuil de pauvreté situé à 50 % du niveau de vie médian, et autour de 7 % si on utilise le seuil de 60 %. Soit entre un et 1,8 million de travailleurs pauvres selon la mesure adoptée.
L’existence d’un salaire minimum dans notre pays empêche la baisse des salaires sous le seuil de pauvreté (1 070 euros par moins pour une personne seule au seuil de 50 % et 1 290 euros au seuil de 60 % en 2023) pour des temps complets, et limite l’impact des crises économiques. Le temps partiel, l’un des principaux facteurs de la pauvreté laborieuse (un smic à mi-temps rapporte environ 700 euros) a arrêté sa progression depuis plus de 20 ans et a même commencé à diminuer. L’amélioration de la situation du marché du travail entre 2015 et 2023 et, en 2019, la hausse de la prime d’activité (versée aux plus bas salaires) suite au mouvement des « gilets jaunes » ont contribué à maintenir le niveau de vie des personnes les moins bien rémunérées.
La remontée récente du nombre de travailleurs pauvres peut provenir d’une dégradation de l’emploi lui-même : essor de la précarité des contrats, ou développement du travail peu qualifié payé à la tâche (via les plateformes de livraison par exemple). Elle peut aussi être la conséquence d’une détérioration plus large des niveaux de vie. Pour l’Insee, un travailleur pauvre est une personne qui exerce un emploi, mais dont le niveau de vie – en prenant en compte les ressources de l’ensemble du ménage – est en dessous du seuil de pauvreté. Quand l’un des partenaires perd son emploi dans un couple, cela se répercute sur le niveau de vie de celui qui travaille encore.
La situation est d’autant plus inquiétante que, depuis 2023, le nombre de chômeurs a recommencé à augmenter. Un nombre croissant d’actifs n’arrivent pas à s’insérer sur le marché du travail ou, malgré leur emploi, disposent de faibles ressources. « Tout travail mérite salaire », mais celui-ci n’est pas toujours suffisant pour vivre dignement dans l’une des sociétés les plus riches au monde et en dépit de l’existence d’un salaire minimum. Cette situation nourrit des tensions sociales pour les travailleurs qui, malgré leurs efforts, ne s’en sortent pas.


