EPR2 : un document révèle des aides publiques monstres et un risque de concurrence déloyale

Publié le 3 juillet 2026

C’est Alternatives Economiques qui tire ce signal d’alarme. Un article d’Antoine de Ravignan du 24 juin 2026 détaille le travail de déchiffrage auquel s’est livré « Energies renouvelables pour toutes et tous ».

La rentabilité de la construction des prochains réacteurs nucléaires EPR2 repose sur des aides d’Etat massives, qui faussent la concurrence vis-à-vis des énergies renouvelables. La Commission de Bruxelles donnera-t-elle son feu vert à la France ? Un document expertisé par Energie renouvelables indique qu’il va y avoir une aide de 86 Md€ à 132 Md€ en valeur actualisée. Exprimée en euros d’aujourd’hui, elle dépasserait allègrement les 200 milliards d’euros dans un scénario médian de prix de l’électricité (70 €/ MWh).

Cette information pourrait porter un coup fatal au programme de construction par EDF de six nouveaux réacteurs nucléaires en France, lequel piétine plus qu’il n’avance depuis son annonce le 10 février 2022. Du moins si les élus, partis politiques, associations de consommateurs et de contribuables, économistes et autres comptables du bon usage des deniers publics voulaient se donner la peine de le lire. 

Répondant à une consultation ouverte le 7 mai par la Commission européenne sur les aides d’Etat nécessitées par la construction et l’exploitation de ces six premiers EPR2, la note publiée le 24 juin par l’association d’experts Energies renouvelables pour tous fait en tout cas très mal.

Après bien des efforts pour trouver cette information – ni EDF ni l’Etat français n’acceptant de la transmettre – l’enquête approfondie menée par la Commission européenne sur le projet d’aides d’Etat au programme EPR2, a permis à ENR pour tous et à l’économiste Alain Grandjean de prendre connaissance du détail du dispositif envisagé…. et d’en simuler le coût pour les finances publiques.

Entre prêt bonifié, aides pendant la construction, contrat pour différence (aides pendant la production) et garanties de tous ordres, la facture s’avère très lourde : entre 66 et 112 milliards d’euros d’aides publiques actualisées (jusqu’à 259 milliards non actualisés). Il en ressort :

  • l’image d’une production électrique administrée et totalement protégée du marché ;
  • une vraie question sur la pertinence de cette option « EPR2 » par rapport à d’autres utilisations de l’argent public
  • une interrogation démocratique fondamentale, l’affectation de ces montants considérables n’ayant fait l’objet d’aucun débat public ni travail parlementaire.

Le communiqué de presse du 24 juin 2026

Et voici une courte partie de l’article d’Alternatives Economiques :

« …La réglementation européenne encadrant strictement les aides d’Etat aux entreprises – elles doivent à la fois être justifiées par l’intérêt public et ne pas créer des distorsions de concurrence –, le gouvernement français a déposé le 19 novembre dernier son dossier à la Commission européenne, en espérant obtenir le feu vert avant la fin de l’année.

Alors que l’argent du contribuable est en jeu, l’exécutif n’a pas voulu rendre public son dossier et les premières estimations du niveau des aides ont reposé sur les bribes d’information disponibles. Elles n’en aboutissaient pas moins à des résultats ahurissants.

La publication du dossier français par la Commission européenne le 7 mai 2026, dans le cadre d’une procédure d’examen qui impose une consultation ouverte, a enfin permis de disposer d’une information détaillée. Et donc de faire, à partir de ce document parfaitement hermétique pour les non-spécialistes, un calcul beaucoup plus précis du niveau des aides publiques envisagées par la France. C’est ce travail de déchiffrage auquel s’est livré Energies renouvelables pour tous.

Pour rappel, les aides à la construction prendront la forme d’un prêt à 3 % sur 60 % de l’investissement et d’un prêt à 0 % sur les intérêts dits intercalaires, c’est-à-dire des frais financiers très élevés liés au fait qu’il s’écoule au moins une dizaine d’années entre le début des dépenses pour travaux et le moment où le réacteur gagne de l’argent. Ces aides à la construction ont été estimées par l’association à 49 Md€ en valeur actualisée (c’est-à-dire en ramenant la valeur des flux d’argent futurs à leur valeur d’aujourd’hui).

Elle relève aussi que l’Etat se contente pour les six EPR2 d’un niveau de rémunération de ses fonds propres très inférieur à ce qu’il obtient pour le parc nucléaire actuel, alors que la prise de risque est beaucoup plus élevée. Un cadeau évalué à 20 Md€ en valeur actualisée.

Plus de 200 milliards d’euros d’aide

S’agissant de la garantie de rémunération offerte par le contrat pour différence, en supposant un prix garanti de 105 €/MWh (médiane de la fourchette publiée par la Commission), elle pourrait coûter, sur la durée d’exploitation, entre 17 Md€ actualisés (avec un prix de marché moyen de 90 €/MWh) et 63 Md€ (avec un prix de marché moyen qui tomberait à 50 €/MWh).

Soit au total, une aide de 86 Md€ à 132 Md€ en valeur actualisée. Exprimée en additionnant des euros d’aujourd’hui, elle dépasserait allègrement les 200 milliards d’euros dans un scénario médian de prix de l’électricité (70 €/ MWh)… »

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