Pour une politique intelligente du stationnement à Grenoble

Publié le 6 décembre 2013

Quand on voit la faillite des politiques actuelles pour limiter l’usage de la voiture dans l’agglomération, il faut inventer des solutions efficaces, faciles à mettre en œuvre et acceptables par le plus grand nombre. Voilà encore un exemple où les grands discours et les postures ne permettent guère d’avancer concrètement. Le Plan de Protection de l’Atmosphère tel que proposé ressemble plus à un cautère sur une jambe de bois qu’à une stratégie efficace.

Quel est l’objectif à atteindre : c’est la diminution de la circulation automobile en nombre et en kilomètres parcourus. Une voiture qui ne roule pas ne participe pas à la pollution. Ainsi si on peut arrêter les voitures en amont de l’agglomération (dans des parkings relais) cela diminuera la pollution dans la cuvette. De même en aidant les résidents à ne pas prendre leur voiture régulièrement, on sera aussi gagnant.

Pour les pendulaires (trajet domicile-travail), il faut impérativement leur offrir des solutions alternatives, le train en est l’une des plus efficaces à condition d’être à la hauteur des enjeux. Et pour inciter les pendulaires à basculer vers des alternatives à la voiture individuelle, il faut les dissuader de se garer au centre de l’agglomération. Il faut par exemple absolument diminuer les capacités de stationnement dans les entreprises. Il est très important de ne pas concentrer tous les emplois au centre de l’agglomération. Par exemple la concentration d’entreprises qui se développe sur la Presqu’île est excessive et va entrainer malheureusement une forte augmentation des déplacements pendulaires en opposition avec la volonté d’en faire un éco-quartier (voir notre article du 23 novembre “Attention à la désinformation”). Il y a encore trop de possibilités de se garer à l’intérieur des entreprises et laboratoires. Il y a aussi trop de facilités de se garer gratuitement au centre de l’agglomération. Elargir le stationnement payant pourrait être une solution dissuasive vis-à-vis des pendulaires.

Mais se pose alors la question du stationnement résident. Ce n’est pas demain que les Grenoblois abandonneront massivement la voiture individuelle. Depuis 1999 il n’y a pas eu de réduction du nombre de voitures, les Grenoblois en possèdent environ 65 00. On peut estimer que la moitié d’entre elles occupe l’espace public, le reste ayant des garages privés ou des places réservées dans les parkings publics en ouvrage.

Il n’existe pas de solution à court et moyen terme pour faire varier ce chiffre de manière importante.

Pour inciter les 67 % de ménages grenoblois à utiliser le moins possible leur voiture il faut dissuader le stationnement hors de son lieu de résidence et le favoriser de longue durée à proximité de son lieu de résidence. Pour ce faire il faudrait envisager une redéfinition des zones de stationnement payant actuellement beaucoup trop étendues pour les résidents, découper la ville en petits secteurs où le résident pourrait garer sa voiture à un prix accessible et la laisser immobilisée plusieurs jours si nécessaire. En dehors de la zone de proximité, cet habitant devrait acquitter un tarif « non-résident ».

Mais quel tarif ?

Le stationnement sur voirie est un service public administratif, il peut donc être modulé suivant les ressources du ménage. Les statistiques de l’INSEE (données IRIS 2009) font état d’une donnée importante selon laquelle la possession d’une voiture n’est pas liée de façon nette à la profession donc aux revenus.

Le montant actuel de 12 € par mois qui apparait comme correct pour des classes moyennes peut être excessif pour des bas revenus. La situation sociale montre qu’il y a aujourd’hui un nombre croissant de personnes qui ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois. Il est donc recommandé de faire une étude rapide sur la mise en place de tarifs sociaux pour le stationnement des résidents sur voirie. On pourrait imaginer une tranche gratuite, une tranche intermédiaire et celle à 12 €. L’extension du stationnement payant devrait être étudiée avec les habitants de la zone. Il faut cibler en priorité les quartiers proches du centre ville qui servent de parking à des pendulaires ou à des résidents qui se déplacent en ville.

Du point de vue économique l’extension du stationnement payant serait positif, permettrait d’engranger des recettes supplémentaires pour la ville, de créer des emplois pour la surveillance du stationnement ce qui participe au renforcement de la présence publique dans les quartiers. La diminution du tarif résident serait vite compensé par l’augmentation du nombre de résidents à plein tarif. Actuellement les ressources des abonnements résidents sont faibles (11%) par rapport à l’ensemble des recettes des horodateurs.

Voila un bon thème de débat à mener avec les habitants. Bien évidemment, le développement du covoiturage et de l’autopartage doit parallèlement se poursuivre ainsi que tous les modes doux de déplacements comme la marche à pied, le vélo et les transports en commun tout en gardant à l’esprit que la meilleure solution, tant pour le trafic, que la pollution et la préservation de la santé, c’est toujours une voiture qui ne roule pas.

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