
Depuis le premier jour de son mandat de Premier ministre, le 13 décembre 2024, François Bayrou connaissait parfaitement la composition politique de l’Assemblée nationale et il savait que les positions sur le budget qu’il entendait construire ne pouvaient pas être acceptées par une majorité de l’Assemblée. C’est pourquoi il n’a pas demandé, après son investiture, un vote de confiance. Il savait qu’il serait battu puisque l’ensemble des oppositions à sa politique était majoritaire dans l’hémicycle. Il a voulu gagner du temps et rester premier ministre au moins 8 mois.
Il a joué de tous les moyens à sa disposition pour faire passer des lois les plus à droite possible : agriculture, mineurs délinquants, citoyenneté à Mayotte, autant de textes définitivement adoptés et qui sont tous des régressions sociales, citoyennes et environnementales. Il a laissé ses ministres faire ce qu’ils voulaient. Il savait que son projet de budget 2026 était particulièrement injuste, attaquant les collectivités locales et les plus défavorisés, qu’il ne passerait pas. Il n’a pas voulu laisser au parlement la possibilité de le corriger par amendements et au lieu de démissionner, il a trouvé cette mascarade de vote de confiance dont il connait le résultat.
Le 8 septembre 2025, après le refus de la confiance, il se retirera et laissera au prochain gouvernement le soin de présenter un budget qui ne devrait pas être très différent du sien. En effet, Macron devrait nommer un prochain premier ministre toujours issu de droite, qui fera la même politique économique, fiscale et financière que les gouvernements successifs depuis 2017.
Voilà donc un premier ministre qui au lieu de démissionner dans la clarté, va être remercié comme il l’aurait dû l’être quelques jours après son investiture et ainsi démontrer au président de la République qu’il fallait nommer un premier ministre issu du bloc le plus important de l’Assemblée Nationale. 8 mois de perdus et un budget 2026 à revoir du tout au tout. Une autre politique économique et sociale, d’autres choix fiscaux et budgétaires sont possibles, cela passe par le respect du vote des électeurs en juillet 2024.
Y aura-t-il une nouvelle dissolution, une démission du président de la République ? Dans tous les cas la gauche dans son ensemble doit se ressaisir. Elle doit réaffirmer qu’un Nouveau Front Populaire est possible, doit être reconstruit nationalement et localement, sinon les dérives de plus en plus à droite ouvriront la porte à l’extrême droite. L’heure n’est plus aux petits calculs politiciens pour préparer les élections municipales et les autres échéances. Se mobiliser pour construire partout des gouvernances écologiques, sociales et fiscalement justes est un impératif.
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