L’eau sous tension : concilier sobriété hydrique, équité et investissement

Publié le 30 janvier 2026

Le Conseil d’analyse économique (CAE) propose, dans une note, publiée le 22 janvier 2026, près d’une dizaine de pistes de réforme. Il insiste sur la question de la tarification de ce service public essentiel qui repose aujourd’hui de manière disproportionnée sur les ménages, tandis que l’agriculture et l’industrie, pourtant grandes consommatrices et sources de pollution, contribuent relativement peu, traduisant une application imparfaite du principe pollueur-payeur et appelant un réexamen des redevances.

La France est confrontée à une crise hydrique croissante, amplifiée par le changement climatique, alors même que les infrastructures sont vieillissantes : près d’un litre sur cinq serait perdu dans les réseaux, et le rythme actuel de renouvellement impliquerait plus d’un siècle et demi pour moderniser l’ensemble du patrimoine. Elle exige donc un surcroît d’investissement pour fiabiliser et moderniser les réseaux, mais aussi une sobriété accrue des usages de l’eau.

Face à ces enjeux, le modèle économique du secteur, fondé sur le principe « l’eau paie l’eau »,  donc largement dépendant des volumes consommés, apparaît aujourd’hui inadapté. Alors qu’une large part des coûts des services d’eau sont fixes, la baisse structurelle des consommations, encouragée par les politiques de sobriété, fragilise leur financement.

Une réforme profonde s’impose. Elle doit d’abord viser à instaurer une tarification plus simple, lisible et économiquement efficiente, reposant sur une part fixe renforcée, nécessaire pour couvrir les coûts structurels, et une part variable, modulée selon les variations saisonnières ou la disponibilité de la ressource, afin d’envoyer un signal-prix adapté en période de tension. 
La capacité stratégique et opérationnelle des autorités organisatrices doit également être renforcée, notamment par le regroupement des services d’eau et d’assainissement et par le recours accru à des instruments contractuels liant la rémunération des opérateurs à des objectifs de performance.

La réforme du financement des services d’eau pose également la question de la répartition de l’effort entre les usagers. Celui-ci repose aujourd’hui de manière disproportionnée sur les ménages, tandis que l’agriculture et l’industrie, pourtant grandes consommatrices et sources de pollution, contribuent relativement peu, traduisant une application imparfaite du principe pollueur-payeur et appelant un réexamen des redevances.

La gestion durable de l’eau ne peut toutefois se limiter aux seuls services d’eau et d’assainissement (le « petit cycle »). Elle doit mieux intégrer le fonctionnement global de la ressource (le « grand cycle ») en favorisant la sobriété hydrique, la recharge des nappes et la réutilisation des eaux usées traitées. Le financement de ce grand cycle, indispensable à la préservation des écosystèmes et à la prévention des inondations, reste largement insuffisant. Un financement additionnel et pérenne doit être mobilisé pour répondre aux besoins liés à la biodiversité et aux coûts environnementaux croissants.

L’urgence hydrique impose de combiner des mesures rapides et des réformes structurelles de long terme, intégrant pleinement l’eau dans l’ensemble des politiques publiques. La mise en œuvre de cette trajectoire exige toutefois la construction d’un véritable consensus social autour de l’eau, fondé sur une meilleure information, un partage plus équilibré de l’effort et une solidarité renforcée envers les territoires les plus vulnérables. 

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