Immigration et emploi en France : décodage d’une radiographie manipulée

Publié le 30 octobre 2026

Voilà un exemple qui montre comment agit sournoisement l’extrême droite sur l’immigration. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) financé par le fonds Périclès de Pierre-Edouard Stérin a produit une étude selon laquelle les immigrés travaillent moins souvent que les non immigrés et avance d’autres caractéristiques visant à démontrer que l’immigration est un apport négatif pour l’économie française.

Terra Nova en fait une critique très détaillée et démonte ces affirmations dans une note du 21 octobre 2026.

« La main d’œuvre étrangère est-elle un atout pour l’économie française ? Les « analyses » qui tentent de démontrer une faible participation des étrangers au marché du travail procèdent à une série de falsifications qui sont ici démontées.

Le 9 juillet 2026, l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID) a publié une étude intitulée « Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit ». Son objectif affiché est de « radiographier avec précision la situation dans l’emploi des personnes nées étrangères qui résident en France » afin d’informer « le débat sur l’immigration de travail [qui] revient sur le devant de la scène à l’approche de l’élection présidentielle de 2027 ». Rien de plus objectif, en apparence.

En réalité, la cible sous-jacente semble plutôt être de démontrer que les étrangers sont peu intégrés au marché du travail français. Il en découlerait que leur contribution à l’économie française reste limitée et que la France ne pourrait répondre au manque de main-d’œuvre en augmentant l’immigration de travail, en particulier en provenance d’Afrique. Les auteurs cherchent à atteindre cet objectif, d’une part en omettant plusieurs éléments statistiques importants et, d’autre part, en tirant de ces statistiques des conclusions insuffisamment étayées.

Si les données brutes mobilisées par l’OID sont bien fidèles aux sources utilisées, la présente note montre qu’elles sont incomplètement contextualisées et qu’elles donnent donc une image trompeuse de la situation. De plus, une analyse dynamique de l’emploi conduit à des conclusions très différentes concernant la contribution actuelle et potentielle des immigrés à l’économie française… »

Voici la conclusion de l’étude de Terra Nova :

« Les étrangers apportent déjà une contribution significative à l’économie française et pourraient y contribuer encore davantage dans le cadre d’une politique migratoire plus incitative

Cette note a montré que les étrangers non européens contribuent déjà de manière significative au fonctionnement et à la croissance de l’économie française. Sur la base d’hypothèses raisonnables, il est possible d’estimer que, sans leur contribution à la croissance de l’emploi entre 2021 et 2023, la croissance du PIB français aurait été inférieure d’environ 0,5 point de pourcentage par an, soit près d’un quart de moins que celle effectivement observée.

Les étrangers occupent également une place importante dans de nombreux métiers en tension, aussi bien en Île-de-France qu’en province. Une fois rapportée à leur poids dans la population de référence, leur présence dans ces professions apparaît généralement supérieure à celle des Français de naissance. Par ailleurs, lorsque l’on retient un indicateur économiquement pertinent, à savoir le rapport entre emploi et population hors élèves et étudiants, les écarts observés entre Français de naissance et étrangers non européens se révèlent limités et s’inversent même en faveur des étrangers dans le cas des plusieurs groupes, tels que par exemple les ressortissants d’Afrique subsaharienne et d’Asie de l’Est.

Prises individuellement, les statistiques brutes présentées par l’OID sont fidèles aux sources mobilisées. En revanche, leur sélection, leur mise en perspective partielle et l’omission de certains éléments essentiels (par choix délibéré ou par incompétence) conduisent à une représentation manipulée et trompeuse de la situation de l’emploi des immigrés en France. De plus, les statistiques présentées par l’OID ne permettent pas de conclure que l’immigration de travail serait incapable de répondre aux besoins de main-d’œuvre de l’économie française.

Les éléments présentés dans cette note conduisent à une conclusion radicalement différente : l’immigration contribue déjà de façon importante à la croissance de l’emploi et au soutien de l’activité économique en France. Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et la raréfaction progressive de la main-d’œuvre disponible, cette contribution pourrait encore s’accroître si les pouvoirs publics renforçaient les voies d’immigration professionnelle, amélioraient l’intégration économique des immigrés sur l’ensemble du territoire français et développaient des dispositifs plus ciblés dans les secteurs confrontés à des pénuries persistantes de personnel. »

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