
Les élections municipales ont rendu leurs verdicts. Le paysage politique métropolitain est très éclaté, avec un poids de la gauche toujours important, mais assez diversifié. Les nouvelles équipes devraient peser pour faire oublier le mandat qui vient de se terminer.
Le système électoral qui fixe la composition du conseil métropolitain renforce le poids des petites communes dans les intercommunalités. A la Métro il y a 19 communes de plus de 5 000 habitants qui représentent 90% de la population mais seulement 73% des sièges, et 30 communes de moins de 5 000 habitants qui représentent 10 % de la population mais 27 % des postes au conseil de métropole. La représentation politique est assez distordue et il faut inventer une gestion qui respecte à la fois le vote politique des métropolitains et le poids des communes, le poids très important du centre urbain et les caractéristiques plus rurales du reste de la métropole.
Durant le mandat qui s’achève, de bonnes choses ont été réalisées, en particulier dans les nombreux services publics essentiels touchant à l’eau et l’assainissement, aux déchets, à l’énergie, à l’aménagement numérique…ainsi qu’en matière de recherches de solutions pérennes pour l’hébergement et l’insertion, l’économie sociale et solidaire… La gouvernance, elle a posé des problèmes et n’a pas su, ou pas pu trouver les solutions prenant en compte les défis nouveaux en matière d’espace public, de logement, de déplacements pour tou.tes, et en général pour privilégier les transitions dans ces domaines où il est possible d’agir. Il faut maintenant trouver une nouvelle équipe et désigner un exécutif capable d’animer ce mandat qui devrait durer 7 ans.
Une nouvelle proposition à gauche a émergé, celle de la candidature d’union de la gauche de Guillaume Lissy, maire de Seyssinet. Lors de la présentation à la presse de sa candidature, Guillaume Lissy était accompagné de maires et d’élu.es de Grenoble, Echirolles, Saint-Martin-d’Hères, Saint-Egrève, Eybens, Gières, Champagnier, le Sappey… Ces communes regroupent 63% de la population métropolitaine. Les discussions se poursuivent avec le groupe des élu.es des « petites communes » pour construire une majorité stable sur la base d’une gouvernance « apaisée et partagée ». Avec un axe principal, rapprocher la métropole de tou.tes les citoyen.nes, urbains comme ruraux.
Le groupe des petites communes (actuellement 29 élu-es identifié.es) présentera aussi un candidat, ainsi qu’Allan Brunon pour LFI. On ne sait pas s’il y aura des candidats émanant d’autres groupes, ni si les discussions entre élu.es du futur conseil portent aussi sur les conditions de désistement éventuels et les vice présidences du futur conseil.
Le président sortant, qui a adhéré au groupe politique des petites communes essaye de ne déplaire à personne (de LFI au centre droit !), mais il serait plus sage qu’il se retire, car il n’incarne pas le renouveau nécessaire. Nous serons fixés lors de la réunion d’installation du nouveau conseil métropolitain comportant l’élection du nouvel exécutif, fixée au jeudi 23 avril à 13 h 30.
Ce mandat va être très difficile du fait des contraintes financières (voir article à ce sujet) qui ne vont pas s’atténuer dans les années qui viennent, si la politique nationale ne reconnait pas que ce sont les collectivités locales qui portent les investissements d’avenir (les 2/3 des investissements publics). La politique nationale devrait être le ciment qui aide à coordonner leurs actions sur le long terme au lieu de les utiliser pour diminuer le déficit public, pourtant pas, pour l’essentiel, de leur fait ; leurs dettes sont en effet complètement contrôlées contrairement à celle de l’Etat qui s’endette pour payer son fonctionnement.
Les choix que devra faire la nouvelle équipe gérant la Métro seront douloureux, il va falloir redéfinir les stratégies essentielles en fonctionnement comme en investissement. Les compétences principales de la Métro imposent que soient tracées des politiques à moyen et long terme, donc d’avoir une planification très détaillée. Il existe heureusement de très nombreux schémas directeurs pour les services à l’exception notable de la gestion des espaces publics en particulier de la voirie. Les services dont les recettes proviennent directement des usagers comme les budgets annexes déchets, eau, assainissement, chauffage urbain, Gemapi (gestion de milieux aquatiques et prévention des inondations), stationnement en ouvrages… ne sont pas menacés et pourront réexaminer sans urgence leur programmation pour les réadapter à la nouvelle période, par contre tout ce qui dépend du budget principal va devoir être réexaminé très rapidement.
La mise en place d’un schéma directeur de la voirie, est une urgence cruciale, car il a été très mal financé lors du passage en métropole. Les communes ont bataillé pour que la nouvelle politique ne leur coûte pas cher en imposant, au moment du transfert de cette compétence obligatoire, que ne diminue pas trop leur attribution de compensation, de 15 M€ au total, au lieu des 30 M€ qui était le vrai coût des budgets de voirie transférées. En conséquence la Métro manquait de moyens pour cette politique, car souvenons-nous de l’annonce des baisses de dotations de fonctionnement de l’Etat aux communes, qui rendait alors difficiles toutes les perspectives d’agir dans un temps court. Mais lorsqu’il y a une telle contrainte, il est essentiel de mettre en place un schéma directeur traçant les priorités, ce qui n’a pas été fait et a rendu tout le monde mécontent. Il n’y aura cependant pas de miracle et il faut clairement l’expliquer aux habitants, fixer les priorités et arrêter une gestion au doigt mouillé.
Souhaitons que la campagne présidentielle qui commence dans le pays, traite sérieusement d’une nouvelle fiscalité, pas seulement nationale, mais locale, à recréer essentiellement en fonction des revenus des ménages. Sans un changement radical à ce sujet, les collectivités auront beaucoup de mal à échapper à l’austérité qui leur est actuellement imposée.
