
Le World Inequality Lab (Laboratoire sur les inégalités mondiales), animé par Thomas Piketty et Lucas Chancel, travaille à la production et à la promotion de la recherche sur les différentes dimensions des inégalités, entre les pays mais aussi à l’intérieur des pays. Il propose de renforcer le débat citoyen sur les inégalités grâce aux données sur les inégalités dans chaque pays.
Ce laboratoire vient d’éditer un rapport sur la justice mondiale qui propose un plan pour l’égalité et la prospérité dans le respect des limites planétaires, avec un revenu moyen mensuel de 5000 € par mois dans tous les pays et un maintien à 1,8 °C d’augmentation de la température dans le monde.
Il s’agit de décrire une transformation mondiale conciliant l’habitabilité de la planète et un niveau élevé de bien-être pour tous est possible, à condition que trois conditions soient réunies simultanément : une décarbonation rapide des systèmes énergétiques ; opérer un changement majeur, passant de la surconsommation à une logique de « suffisance » et un grand changement des habitudes alimentaires (beaucoup moins de viande). L’avantage de ce rapport est de montrer qu’un autre monde est économiquement possible dans une planète habitable pour toutes et tous.
« Le rapport est disponible sur un site web dédié qui permet également d’explorer les trajectoires de répartition et les scénarios climatiques du Projet pour la justice mondiale (Global Justice Project).
Le rapport présente une nouvelle vision du progrès mondial au XXIe siècle : ancrer le développement humain et l’égalité dans la préservation de l’habitabilité de la planète. Il examine les conditions dans lesquelles le monde pourrait progresser vers cet horizon et décrit une trajectoire de transition économiquement et écologiquement cohérente de 2026 à 2100.
Sa principale conclusion est simple : une transformation mondiale conciliant l’habitabilité de la planète et un niveau élevé de bien-être pour tous est possible, à condition que trois conditions soient réunies simultanément. Une décarbonation rapide des systèmes énergétiques est indispensable. Mais il faut également opérer un changement majeur, passant de la surconsommation à une logique de « suffisance ». Cela impliquerait une forte réduction du temps de travail et de l’extraction de matières premières, ainsi que des transformations profondes des modes de consommation, des habitudes alimentaires, de l’utilisation des terres et de la couverture forestière. Le financement de cette transition et le maintien de son soutien politique nécessiteront une réduction drastique des inégalités de revenus, de patrimoine et de pouvoir, tant entre les pays qu’au sein de ceux-ci. Cette réduction des inégalités mondiales est compatible avec une décarbonation profonde ; elle constitue même une condition nécessaire à une prospérité partagée sur une planète aux ressources limitées.
Le Rapport sur la justice mondiale constitue la première tentative de proposer un plan entièrement quantifié pour cette transition. Il combine quatre dimensions que les débats actuels abordent souvent séparément : la redistribution à l’échelle mondiale, une réforme profonde de l’ordre financier et économique international, une transformation radicale des systèmes énergétiques et des changements substantiels dans les modes de consommation. Par rapport à la plupart des scénarios climatiques (y compris ceux du GIEC), sa principale innovation réside dans le fait qu’il modélise simultanément ces quatre dimensions et place les questions d’inégalité et de suffisance au cœur de l’analyse.
D’ici à 2100, la Plateforme pour la justice mondiale vise à :
- Atteindre une convergence du revenu national mensuel par habitant à 5 000 € dans tous les pays, mettant fin à l’écart mondial actuel de revenus, qui est de l’ordre de 16 pour 1.
- Porter la part de la moitié la plus pauvre de la population mondiale dans le patrimoine global de 2 % à 30 %, tout en réduisant celle de la classe des milliardaires de 6 % à 0,05 %.
- Permettre à près de 90 % de la population mondiale de doubler ses revenus tout en travaillant environ deux fois moins d’heures qu’aujourd’hui.
- Limiter le réchauffement climatique à 1,8 °C grâce à une trajectoire de convergence durable combinant une décarbonation rapide et une transition majeure vers la suffisance, incluant une réduction du temps de travail et de la consommation matérielle, ainsi que des transformations profondes des modes de consommation, des systèmes alimentaires, de l’usage des terres et de la couverture forestière — contre plus de 4,5 °C dans le cadre des politiques actuelles.
- Créer un nouveau Fonds mondial pour la justice afin de soutenir des investissements mondiaux massifs représentant en moyenne 10,3 % du PIB mondial par an entre 2030 et 2060, contre moins de 0,4 % actuellement consacrés à l’aide au développement et aux organisations internationales. Ce fonds serait financé par une combinaison d’un impôt mondial sur la fortune, d’un fonds souverain mondial et d’un impôt mondial sur les revenus visant les individus les plus riches de la planète.
- Favoriser une transformation plus large et une démocratisation du système économique et monétaire international.
Le rapport s’inscrit dans un agenda international plus vaste centré sur l’habitabilité de la planète, la justice sociale et la réforme de l’architecture financière mondiale. Il s’appuie sur des initiatives telles que l’Initiative de Bridgetown, qui associe des propositions de réforme monétaire internationale, de taxation mondiale de la richesse et de financement de l’action climatique, ainsi que sur le récent Engagement de Séville relatif au financement du développement, le processus de Convention fiscale des Nations unies et les initiatives portées par les présidences du G20 du Brésil et de l’Afrique du Sud concernant les inégalités mondiales et le rééquilibrage de la richesse et du pouvoir dans les limites planétaires. »
Mots-clefs : inégalités, justice, transitions
