La Métro mal câblée

Publié le 6 avril 2012

Aujourd'hui Medellin, demain Grenoble ? (tous droits réservés)

Le 19 mars lors d’une conférence de presse, le président de la Métro annonce le lancement d’un transport par câble qui reliera le terminus du tram A (La Poya), à Saint Nizier et Lans en Vercors, alors qu’aucun débat préalable n’a eu lieu sur ce sujet dans les collectivités intéressées. Encore une fois ce sont les exécutifs, en petit comité, qui décident, les assemblées délibérantes n’ayant qu’à entériner les décisions des chefs. Drôle de démocratie…

Cette conférence de presse était organisée par M. Baïetto et P. Buisson, président de la communauté de communes du massif du Vercors (CCMV). M. Issindou, le Président du SMTC y participait et au tout dernier moment est apparu le vice président du Conseil général chargé des…routes! (sic)

La CCMV regroupe 7 communes : Villard de Lans, Lans, Saint-Nizier, Méaudre, Autrans, Corrençon, Engins. Le Président de la CCMV a déclaré que les maires des 7 communes sont favorables à ce projet. Mais qu’en ont dit les conseils municipaux ?

Relier le plateau du Vercors à une ligne de tram allant au centre ville est une bonne idée et tout transfert de l’automobile sur un transport public diminuera la pollution, les gaz à effet de serre, les accidents. Mais les inconvénients, car il y en a, sont aussi à prendre en compte.

Présentation du projet

Le téléphérique aurait 3 stations : La Poya (Fontaine), Saint Nizier et Lans soit 10 km. A la vitesse de 20 km/h il mettrait 29 mn (13 + 16) pour faire le trajet. En temps de parcours il serait très compétitif entre Saint Nizier et Fontaine, moins entre Lans et Saint Nizier. Il pourrait transporter 2 400 personnes à l’heure avec des cabines toutes les 30 secondes.

Actuellement, en trafic routier on compte 9000 voitures par jour (dans les deux sens) entre le plateau et l’agglomération (5 800 par Engins et le reste par St Nizier) et 1800 en car.

Le coût d’investissement serait d’environ 45 M€ et de 3 M€ en fonctionnement et entretien de plus par an. M. Baïetto prévoit 1 million de passagers par an avec un prix du voyage entre 3 et 5 €.

Une telle facilité de déplacements peut pousser à une urbanisation accélérée du plateau donc à accélérer la périurbanisation. Les communes du Vercors en sont conscientes et leurs plans d’urbanisme seront adaptés à cette nouvelle donne. La CCMV prévoit de limiter l’augmentation du nombre d’habitants permanents à 15000 dans les 10 ans soit une augmentation limitée à 1,4 % par an.

Les questions posées par ce projet

La Métro n’a pas de compétence de transport urbain, qu’elle a transférée au SMTC (Syndicat Mixte des Transports en Commun) dont la compétence est limitée au périmètre de la Métro. Il faudrait donc soit créer un syndicat mixte, soit que le département prenne ce transport sous sa responsabilité, ce qui serait évidemment le plus rationnel. En quelque sorte ce serait une nouvelle ligne Transisère. Mais M. Baïetto déclare (DL du 20 mars 2012) : « Si je veux la paix juridique, j’opte pour le syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération (SMTC). Si je veux l’efficacité, j’opte pour la Métro… non que le SMTC ne soit pas efficace, mais il a déjà fort à faire avec l’extension de la ligne de tram B et la réalisation de la ligne de tram E ». Bref, pliez le droit pour garder le pouvoir. La paix juridique serait avec le Conseil général de l’Isère – CGI. Le calendrier proposé : début des travaux 2ème semestre 2013, mise en exploitation fin 2014 ! Personne de censé n’y croit un instant. C’est de la pure communication, comme pour l’annonce, avant une précédente élection, d’une ligne de tramway Grenoble-Moirans, restée en gare.

Qui va réaliser ce transport par câble ? Lors de sa conférence de presse M. Baïetto a indiqué que la réalisation comme l’exploitation serait confiée à un opérateur privé, ce sera donc une concession de service public ou un “partenariat public-privé” suivant une pratique grenobloise qui a fait ses preuves dans le passé et dans les tribunaux. Mais l’explication vaut qu’on s’y arrête : « Cette infrastructure sera financée par un opérateur privé, car on sait que les financements des collectivités et notamment de la Métro, ne permettent pas d’y aller tout seul. Si on part sur une réalisation financée par le public, on en parlera encore pendant des années. Or là, il faut passer à l’acte ». C’est l’aveu maladroit que les finances de la Métro vont mal ! Ne pas pouvoir s’engager dans un projet d’équipement de 45 M€ est étonnant, quand la Métro n’a pas hésité à engager deux fois plus d’argent dans le stade des Pré-Alpes… Là encore le CGI serait le plus indiqué en raison de son très faible endettement. La question de la rapidité ne tient pas. C’est un hymne à la privatisation de l’action publique qui serait engluée dans des procédures paralysantes. Or les services publics en régie, quand il y a une vraie volonté politique et donc une bonne gestion, fonctionnent très bien et coûtent moins chers aux usagers et aux collectivités. Ne serait-ce qu’en évitant les profits pour les actionnaires.

Conclusion, il va falloir être vigilant pour que les intérêts publics soient correctement défendus dans cette affaire, car le président de la Métro est prêt à céder facilement aux intérêts privés pour aller plus vite que la musique. Qui vivra verra… Veni Vidi Vinci Pomagalski…

L’extension éventuelle de ce projet dans la cuvette

Une liaison par câble serait étudiée qui prolongerait celle du Vercors de La Poya jusqu’à Saint Martin le Vinoux en passant par la Presqu’île scientifique. Elle permettrait de relier 3 lignes de tram (A, B et E) et le Polygone. En fait cette proposition était prévue au départ avant celle du Vercors car attirant plus d’usagers. Mais des stratégies politiques ont certainement joué en faveur du Vercors avec, en toile de fond, l’intégration à terme du plateau dans une future communauté urbaine.

La frénésie du câble touche jusqu’au maire du Fontanil, qui veut un transport par câble du péage autoroutier de Voreppe à la gare de Grenoble. Qui dit mieux.

Quant à nous, nous proposons, avant tout projet, de relier par câble les présidents de la Métro et du conseil général (en passant par le Sénat) et le maire de Grenoble (en passant par le palais Bourbon), ce qui permettrait une utilisation rationnelle du véhicule qu’est l’argent public.

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