Un « pognon de dingue » efficace !

Publié le 29 juin 2018

Contrairement au « pognon de dingue» dépensé dans le CICE (versé sans contrepartie aux entreprises) ou dans de nombreuses aides à la « machine économique » et aux riches (impôt sur la fortune disparu, diminution d’impôts…), les dépenses sociales critiquées par le gouvernement et attaquées par le Président de la République pour préparer des économies, sont assez efficaces. Ceci est démontré par de nombreuses études prouvant que les inégalités de revenus sont nettement diminuées par les aides sociales sous diverses formes. Si ces aides sociales étaient diminuées, ce serait les plus fragiles à être atteint de plein fouet.

Voir par exemple l’article de trois économistes dans Alternatives Economiques du 13 juin :

« Le modèle social français n’est sans doute pas parfait, mais il est assurément efficace

Les prestations sociales coûtent cher en effet, et sans doute le système n’est-il pas parfait. Mais il est loin d’être inefficace ! En 2014, les impôts et prestations sociales ont en effet fait baisser le taux de pauvreté de 7,9 points. En clair, les aides sociales (et les impôts) ont permis à 4,9 millions de personnes de sortir de la pauvreté cette année-là.

L’efficacité du modèle social français ressort encore mieux lorsqu’on compare ses performances à celle des autres pays européens. Avec 13,6 % de pauvres dans la population, la France est bien en dessous de la moyenne européenne (17,3 %), de l’Allemagne (16,5 %), du Royaume-Uni (15,9 %) ou encore de l’Italie (20,6 %)…

 Et qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien le système de redistribution français qui permet de limiter à la fois la pauvreté et les inégalités. Comme nous l’avons détaillé dans un précédent article, les 10 % de personnes les plus pauvres disposent d’un niveau de vie moyen de 3 080 euros par an et par unité de consommation, contre 72 690 euros pour les 10 % les plus aisées, soit 24 fois plus. Après redistribution, ce rapport passe à 6 ! Les 10 % les plus pauvres voient leur niveau de vie grimper à 9 860 euros tandis que celui du dixième le plus riche tombe à 55 800 euros. Et ce sont les prestations sociales qui sont le plus efficaces en la matière, comme le précise l’Insee.»

Voir l’article complet ici.

Une autre intervention défendant une protection sociale solidaire

Les co-présidents “société civile” des groupes de travail créés par le délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, O. Noblecourt, dans sa mission, (dont le Grenoblois M. Angotti) ont fait paraître une tribune sur le “Mondes des Idées” et une pétition associée, en réponse à la déclaration du Président de la République sur le « pognon de dingue »

« Une protection sociale solidaire est possible

Accusée de tous les maux par certains, notre protection sociale serait dépensière, inefficace et inadaptée. Pourtant, elle sauve chaque jour des vies. En soixante-dix ans, la protection sociale a fait ses preuves pour effacer « la peur du lendemain » causée par la maladie, la vieillesse et parfois la pauvreté. Faut-il alors, pour mieux la défendre, jouer l’immobilisme et fermer les yeux sur ses limites ?

Non. La protection sociale doit relever de nouveaux défis : un chômage endémique, un état de santé qui se dégrade pour une partie de la population, une hémorragie du système hospitalier, une pauvreté trop élevée, une concurrence accrue entre les précaires, des phénomènes d’enclavement et de ségrégation…

Cela doit changer ! Mais dans quel sens ? Le Président de la République a prononcé un discours à la Mutualité le 13 juin qui présente une ”transformation” en citant la prévention, la justice sociale, la dignité, l’universalité, l’émancipation, l’accompagnement, la responsabilisation…

Mais derrière les mots imprécis se cachent des interrogations majeures : la prévention s’additionne-t-elle ou remplace-t-elle le soin ? L’universalité est-elle de haut niveau ou résiduelle ? La responsabilisation des pauvres suggère-t-elle leur irresponsabilité actuelle, alors qu’ils se battent et se débattent contre un système inégalitaire ? Quelle responsabilité des entreprises qui participent au système à travers la cotisation employeur ? Quelle responsabilité des plus riches d’entre nous ?

Dans une société où la justice sociale est liée au travail rémunéré, quelle place fait-on à ceux qui en sont marginalisés ? En brandissant la menace insidieuse de la ”dépense publique”, s’agit-il d’abandonner le principe fondateur de la protection sociale « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins » ?

Nous réfléchissons depuis plusieurs années avec des personnes de toute condition – y compris des personnes subissant la pauvreté – à l’avenir de notre système de protection sociale. De ce travail, nous tirons une conviction : il doit être refondé pour traduire notre interdépendance et préserver la paix. Celle-ci est mise en cause par la montée des inégalités, par ce sentiment diffus et venimeux que nous ne vivons plus dans un monde commun, que les règles du jeu sont pipées entre ceux qui ont une place et ceux qui n’en n’ont pas. Pour cela, notre système doit lutter contre la pauvreté, l’exclusion et les inégalités qui minent notre cohésion sociale.

Oui à des droits concrets et accessibles attachés à chaque personne contribuant au bien commun ! Oui à un accompagnement centré sur le développement du pouvoir d’agir individuel et collectif des personnes concernées ! Oui à une universalité de haut niveau ! Oui à une responsabilité collective et en premier lieu celle d’un Etat qui renforce les solidarités !

Mais oui aussi à une démocratie sociale élargie à tous les citoyens ! Oui à une protection sociale qui prenne en compte les enjeux écologiques pour être réellement préventive ! Oui enfin et surtout à un partage des richesses qui est la condition sine qua non pour que ce ne soient pas les règles du marché qui s’imposent à tous les âges de notre vie, de la crèche à la maison de retraite !

Un autre scénario est possible : celui d’une protection sociale solidaire qui se donne les moyens de protéger celles et ceux qui font face aux « morsures de la vie », qui soutient leur pouvoir d’agir dans chaque situation et qui réaffirme le caractère inaliénable et sacré des droits fondamentaux. Nous sommes témoins de l’extraordinaire générosité des personnes en galère. Leur solidarité doit être reconnue et valorisée

Engagés pour une protection sociale solidaire, nous proposons de nous assembler en signant cette tribune sur www.protectionsocialesolidaire.org, en mettant en commun nos propositions et en travaillant ensemble pour préserver et réinventer cet élément fondateur de notre contrat social républicain. 

Premiers signataires :

Véronique Fayet, Présidente Secours Catholique – Caritas France

Claudie Miller, Présidente Fédération Nationale des Centres Sociaux

Pascale Caron, Présidente Réseau des Accorderies de France

Emmanuel Bodinier, Coordinateur d’AequitaZ

Matthieu Angotti, Co-Président Groupe de concertation Stratégie Pauvreté

Christine Laconde, Co-Présidente Groupe de concertation Stratégie Pauvreté

Antoine Dulin, , Co-Président Groupe de concertation Stratégie Pauvreté

François Soulage, Président Alerte

Laurent Berger, Secrétaire général CFDT

Louis Gallois, Président Fédération Acteurs Solidarité

Laurent Desmard, Président Fondation Abbé Pierre

Eric Pliez, Président Samu Social de Paris »

On peut noter aussi le rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) : « LUTTER CONTRE LA PAUVRETE DES FAMILLES ET DES ENFANTS CONSTATS ET PROPOSITIONS DU HCFEA » du 5 juin 2018 qui ne propose pas de faire des économies sur les aides sociales ; au contraire il propose d’améliorer les aides financières aux familles pauvres. Pour le HCFEA il faudrait mobiliser 8,5 milliards d’euros, si on veut que chaque famille vivant en-dessous du seuil de pauvreté se voit attribuer un montant lui permettant juste d’atteindre ce seuil !

« Notre système de redistribution, notamment les prestations familiales et sociales, jouent pour leur part un rôle important en matière de lutte contre la pauvreté. Mais elles restent certainement à améliorer en ce qui concerne les familles monoparentales et les familles nombreuses, même si le problème de fond reste celui de l’insuffisance des revenus primaires, notamment ceux issus du travail. »

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