
En France, près de 7,5 millions de ménages utilisent le bois pour se chauffer. S’il constitue une source d’énergie dite renouvelable largement répandue, le chauffage domestique au bois contribue à la pollution de l’air. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a mené une expertise sur la composition des polluants émis par les appareils de chauffage domestique au bois, leurs impacts sur la pollution de l’air et leurs effets sur la santé humaine. En conclusion, elle souligne l’importance de poursuivre et renforcer les actions déjà engagées pour mieux maîtriser cette source de pollution.
Voici la présentation de ce travail qui vient d’être rendu public :
- « Une expertise prévue par le plan d’action national : de réduction des émissions du chauffage au bois
Un plan de réduction des émissions du chauffage au bois a été lancé en 2021 par le ministère de la Transition Écologique, avec un objectif de diminution entre 2020 et 2030 de 50 % des émissions annuelles de particules PM2,5 associées à ces émissions dans les territoires les plus pollués. Dans ce cadre, l’Anses a été saisie par les pouvoirs publics pour améliorer les connaissances sur l’impact sanitaire des particules issues de la combustion du bois dans les appareils de chauffage domestique utilisés par les ménages (hors chaufferies biomasse utilisées dans le collectif) : poêle à bûches ancien ou récent, poêle à granulés, cheminée à foyer ouvert, insert ou chaudière au bois.
- Le chauffage au bois, un contributeur majeur à la pollution de l’air extérieur
L’expertise de l’Agence montre que la contribution du chauffage au bois à la pollution de l’air extérieur en période hivernale est majeure pour les particules organiques et importante pour le carbone suie ainsi que les particules en suspension PM2,5 et PM10. Ainsi, en France métropolitaine, sur la période hivernale étudiée, la contribution du chauffage domestique au bois a été estimée en moyenne à 77 % du niveau de concentration atmosphérique en particules organiques, à 72 % pour le carbone suie et à 40 % pour les PM2,5.
Si le chauffage au bois contribue à la pollution de l’air intérieur, d’autres sources d’émissions, comme le tabac, les bougies ou encore l’encens, peuvent générer des niveaux de pollution équivalents, voire supérieurs.
- Des disparités régionales et infra-régionales marquées
À l’échelle de la France hexagonale, la contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique varie selon les territoires. Elle est plus importante dans les régions du Sud et de l’Est et, plus généralement, dans les zones les plus froides de l’Hexagone et là où la dispersion des polluants est limitée par la topographie et les phénomènes d’inversion de température comme dans les vallées montagneuses par exemple. Elle est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France, notamment à Paris, où le chauffage au bois d’appoint et d’agrément occupe une place prépondérante dans la pollution de l’air extérieur
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- Plusieurs facteurs influencent les émissions
De nombreux facteurs influencent les niveaux d’émissions et les concentrations de polluants : le type d’appareil utilisé, les conditions d’utilisation ou encore les caractéristiques du combustible.
Globalement les foyers ouverts et autres appareils à bûches anciens sont les plus émetteurs en polluants. Ces émissions sont aussi augmentées par des conditions d’utilisation faisant sortir l’appareil de son domaine de fonctionnement optimal. C’est le cas par exemple de l’utilisation d’un appareil en allure réduite (faible tirage) ou d’un taux d’humidité trop élevé ou trop faible du bois qui augmentent les émissions de polluants. Inversement, le respect par l’utilisateur des préconisations du fabricant pour le réglage, l’usage et l’entretien de son appareil constitue un véritable levier d’actions pour réduire les émissions.
- Des effets sanitaires principalement liés aux équipements anciens
La pollution issue du chauffage au bois est associée à des effets sur la santé respiratoire, ORL et cardiovasculaire. Elle peut notamment favoriser ou aggraver des pathologies telles que l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Certaines populations sont plus vulnérables : les personnes atteintes de maladies cardiaques ou respiratoires, les enfants et les personnes âgées de 65 ans et plus.
Les effets sanitaires observés semblent majoritairement attribuables aux équipements anciens de chauffage au bois et plus généralement aux appareils à bûches lorsqu’ils sont utilisés en régime de combustion lente (fonctionnement en allure réduite).
- Poursuivre les actions déjà engagées pour maîtriser cette source de pollution
Pour atteindre l’objectif de réduction entre 2020 et 2030 de 50 % des émissions annuelles de particules PM2,5 issues du chauffage au bois dans les territoires les plus pollués, l’Anses recommande aux pouvoirs publics de renforcer la dynamique déjà engagée, en tenant compte des spécificités territoriales.
Elle propose ainsi des recommandations complémentaires à celles existantes, dont celles de l’ADEME, à considérer dans le cadre du prochain plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques, comme par exemple de vérifier et de maintenir dans le temps les performances des appareils de chauffage au bois et de renforcer la sensibilisation et l’information des usagers aux bonnes pratiques pour limiter les émissions de polluants.
- Agir sur l’ensemble des sources d’émission
Enfin, si le chauffage au bois constitue une source importante de pollution atmosphérique, l’Agence rappelle qu’il n’est pas la seule. L’amélioration durable de la qualité de l’air suppose d’agir sur l’ensemble des sources d’émissions maitrisables liées notamment au trafic routier, à la combustion de biomasse (brûlages agricoles, écobuages, incendies de végétation, brûlage de déchets verts), à celle de produits pétroliers ou de charbon ou encore à l’agriculture. »
Mots-clefs : chauffage, Energie, pollution atmosphérique, santé
