
Le 23 juin 2026, le Café pédagogique propose un éditorial intitulé « L’école en surchauffe » par sa rédactrice en chef Djéhanne Gani, qui résume bien la situation dans les écoles. A Grenoble on ne peut qu’apprécier l’effort fait par la municipalité grenobloise depuis 2014 pour construire de nouvelles écoles plus adaptées au changement climatique ainsi que les nombreuses rénovations.
« Le mépris. La déconsidération. L’abandon. Voilà ce que ressentent aujourd’hui de nombreux personnels de l’Éducation nationale. Avec colère et fatigue. Et angoisse face à l’incapacité des pouvoirs publics à anticiper, gouverner et mener une politique éducative, climatique qui protège les conditions de (sur)vie.
Quelles leçons de 2003 ou 2019 ?
Car cette nouvelle vague de chaleur n’a rien d’une surprise. Les canicules sont plus fréquentes, plus intenses, plus précoces. Les alertes scientifiques existent depuis longtemps. Pourtant, année après année, les personnels et les élèves continuent de subir des conditions de travail et d’apprentissage dégradées dans des bâtiments souvent inadaptés. Les témoignages qui nous parviennent des établissements sont nombreux. Des salles de classe à plus de 32, 34, parfois 35 degrés dès la matinée. Des personnels contraints de se débrouiller avec les moyens du bord, en lien avec les collectivités lorsque cela est possible. Une fois encore, l’institution renvoie aux équipes la responsabilité de décider, de gérer l’urgence, de choisir entre supporter la chaleur ou envisager un droit de retrait, relevés de température à l’appui.
Covid et canicule
Cette gestion locale rappelle de mauvais souvenirs. Comme pendant la crise sanitaire, les écoles restent ouvertes coûte que coûte, tandis que les directions et les équipes sont placées en première ligne pour absorber les conséquences de décisions prises loin du terrain. Pourtant, il ne s’agit pas d’une question de bonne volonté. Les personnels font déjà preuve d’un engagement remarquable. Ils enseignent, accompagnent les élèves, préparent les examens, corrigent les copies, surveillent, organisent, adaptent. Ils le font dans le froid l’hiver, dans la chaleur l’été, malgré des conditions de travail souvent dégradées. Ils le font aussi dans un contexte marqué par l’absence de véritable prévention des risques professionnels, par le manque de médecine du travail et par une culture du bricolage devenue trop souvent la norme.
La canicule révèle aussi les inégalités sociales et territoriales. Tous les établissements ne disposent pas des mêmes équipements, des mêmes possibilités d’adaptation ou des mêmes ressources. Une fois encore, ce sont les personnels et le service public qui absorbent le coût de l’inaction politique et climatique.
Canicule et fausses bonnes idées
Dans ce contexte, les annonces sur la « reconquête » des mois de juin et juillet ou sur une éventuelle réduction des vacances d’été interrogent. Est-il réellement possible d’ignorer les réalités climatiques ? Peut-on sérieusement réfléchir aux rythmes scolaires à partir d’arguments approximatifs ou de stratégies de communication, plutôt qu’à partir des connaissances scientifiques et des résultats de la recherche ? La France n’est d’ailleurs pas le pays européen qui accorde le plus de vacances d’été à ses élèves. Le débat mérite mieux que des slogans ou des fausses évidences.
Depuis plusieurs semaines, les annonces se succèdent : uniforme, intelligence artificielle, interdiction du téléphone au lycée, réforme après réforme, communication après communication. L’année scolaire s’achève comme elle avait commencé : avec beaucoup d’effets d’annonce et peu de réponses concrètes aux difficultés du terrain. Le sixième ministre de l’Éducation nationale depuis 2017 n’aura malheureusement pas dérogé à cette tendance.
Des faits
Le réel, pourtant, est là. Ce sont les élèves. Ce sont les personnels. Ce sont les femmes et les hommes qui font vivre chaque jour l’École publique. Souvent épuisés, souvent sous-estimés, parfois découragés, mais toujours engagés dans la réussite des élèves. Inventifs pour compenser les inégalités du système. Dévoués au point, parfois, de financer eux-mêmes du matériel ou des fournitures.
Aujourd’hui, beaucoup expriment une profonde fatigue. Une fatigue de fin d’année, mais aussi une fatigue accumulée au fil des années. Une perte de confiance. Certains sont encore en colère. D’autres ne le sont même plus. Ils ne sont plus surpris.
Face à l’urgence climatique, il est temps de passer des discours aux actes. Il est temps d’engager un vaste plan d’adaptation des bâtiments scolaires, de rénovation thermique des écoles et des établissements, de protection des personnels et des élèves. Il est temps de penser les rythmes scolaires à partir de la réalité du climat comme des inégalités et non à partir d’opérations de communication.
Le Café pédagogique adresse tout son soutien à l’ensemble des personnels de l’éducation. À celles et ceux qui continuent d’assurer leurs missions dans des conditions difficiles. À celles et ceux qui tiennent l’École à bout de bras malgré le manque de moyens, malgré l’épuisement. Mais devant cette nouvelle canicule, une question demeure : qui aurait pu prédire ? »
